Les 5 principaux usages des XO à Nosy Komba

Retours sur la recherche conduite en mai 2013. Projet OLPC à Nosy Komba : quels usages des XO 4 ans après le lancement du projet ?

Depuis 2009, l’association OLPC France est en charge d’un projet éducatif dans un village au nord-ouest de Madagascar. Fondé sur les principes du projet OLPC, ce projet répond à des enjeux contemporains : réduire la fracture numérique, leur donner accès à des connaissances et des ressources nouvelles, favoriser la mise en œuvre d’un apprentissage constructionniste et développer l’autonomie des enfants, leur initiative, leur créativité.

En mai 2013, nous nous sommes rendu à Nosy Komba afin d’analyser les usages de ces ordinateurs quatre ans après leur introduction dans le village par OLPC France en partenariat avec l’association Gducoeur.

Les premières observations réalisées lors de ces trois semaines sur place nous ont rapidement permis de mettre en évidence un ensemble de facteurs déterminants pour l’utilisation des ordinateurs. Le premier d’entre eux, déjà bien identifié dans d’autres projets, était l’électricité, et en particulier l’approvisionnement en essence pour le groupe électrogène.

Au-delà de ces premiers constats, l’observation de l’ensemble des séances de XO réalisées à l’école (qui se déroulent l’après-midi après la fin des cours), et des observations informelles des enfants en dehors de l’école ont permis de mieux comprendre les usages des XO d’abord en classe, puis en dehors de l’école.
A l’école primaire, l’étude montre que les usages des XO s’inscrivent dans la continuité des enseignements mis en place ; ils sont utilisés pour enseigner et faire travailler les élèves sur différents savoirs et compétences en complément des cours faits en séance « ordinaire ». Ainsi, du point de vue des enseignants, l’utilisation de l’ordinateur doit favoriser les apprentissages fondamentaux, favoriser la maîtrise de la langue (notamment l’écrit) et permettre aux enfants d’avoir accès à d’autres ressources connaissances.

Cinq types d’usage des XO en classe peuvent être distingués :

  1. L’ordinateur portable : un objet d’apprentissage
    Certaines séances ou parties de séances avec ordinateurs sont consacrées à l’apprentissage de l’utilisation de l’ordinateur lui-même. Pour les CP1 (6 ans), qui n’ont pour la plupart jamais vu d’ordinateur et qui découvrent également l’écrit, il s’agit d’abord de découvrir comment allumer un ordinateur, le clavier (position des lettres, reconnaissance des lettres et des chiffres), puis le traitement de texte. Dans les classes de CP2 et CE, il s’agit de la découverte des fonctionnalités principales de l’ordinateur, et du traitement de texte. En CM, la plupart des élèves ont déjà utilisé l’ordinateur auparavant, aucun cours ne porte explicitement sur son utilisation.
  2. En classe avec le XO

  3. L’ordinateur portable : un cahier de substitution
    Dans toutes les classes, l’ordinateur est utilisé dans certaines séances comme cahier de substitution (dans 25% des séances en CP et CE, dans plus de 50% des séances en CM). Il peut être utilisé pour des finalités variées :
    – recopier une leçon écrite au tableau (objectif : écriture (attention à l’orthographe et à la syntaxe), utilisation un traitement de texte) (CP1 et 2),
    – réaliser un exercice de vocabulaire (objectif : compréhension du vocabulaire en français, entrainement à l’écriture, utilisation du traitement de texte) (CP2, CE)
    – répondre à des questions visant à évaluer la compréhension d’un cours (objectif : maitrise des connaissances en histoire, production d’une réponse individuelle à l’écrit, utilisation du traitement de texte) (CM)
  4. L’ordinateur portable : un support à des séances d’entrainement et de révision ludique
    Le XO propose un ensemble de jeux ludo-éducatifs destinés à favorisés l’apprentissage. Parmi ces jeux, les enseignants utilisent parfois tuxmaths, un jeu destiné à travailler le calcul mental, et Gcompris – qui propose différents jeux sur la reconnaissance des nombres et l’arithmétique – pour proposer des entrainements individualisés aux mathématiques. Suite aux formations assurées par les volontaires, ils utilisent également memory pour proposer des exercices de révision. Cette application, personnalisable permet de créer des paires de cartes correspondantes à retrouver ensuite.
  5. L’ordinateur portable : des ressources à disposition de la classe
    Différentes applications disponibles sur le XO sont utilisées comme ressources pour apprendre. Il s’agit notamment des outils de mesure (non disponibles dans la classe), de l’application clock, qui permet d’apprendre à lire l’heure, ou de wikipedia. Une application Madagascar a également été conçue spécifiquement pour ce déploiement. Elle permet d’accéder à des cartes, des photos ou des articles sur l’histoire, la géographie, la faune, la flore, etc. Elle est utilisée par les enseignants de CP2 et de CM pour avoir accès à des ressources documentaires (en histoire, géographie, sciences) non accessibles autrement, et pour apprendre aux élèves à utiliser ces ressources.
  6. L’ordinateur portable : un support favorisant des activités d’expression
    Enfin l’ordinateur est utilisé dans des activités d’expression, soit pour travailler l’expression orale, soit pour travailler l’expression personnelle à travers des activités créatives (dessin, réalisation de roman-photo, musique).
  7. Roman photo en anglais

Si les activités proposées s’inscrivent dans la continuité des pratiques en classe, l’utilisation des XO, de par les contraintes qu’elle impose, infléchit les pédagogies mises en place. Dans toutes les classes on observe une individualisation du travail proposé, et un temps plus important accordé aux enfants pour réfléchir, s’exercer, répondre par eux-mêmes, etc. Pour trois des quatre enseignants de l’école primaire, on observe également qu’ils proposent une aide plus personnalisée aux élèves (aide technique, mais aussi relative aux réponses des élèves). Enfin, dans deux séances observées, une pédagogie d’inspiration constructionniste (Harrel et Papert, 1991) a été mise en oeuvre. Les enfants sont invités à mettre en œuvre des savoirs travaillés en cours pour produire par eux-mêmes un document tangible, partageable.
Ainsi, si l’utilisation du XO à l’école ne transforme pas radicalement les modes d’enseignement et d’apprentissage, le XO conduit néanmoins à un apprentissage plus personnalisé, et offre ainsi aux enfants la possibilité d’être plus autonomes dans leurs apprentissages.
En dehors de l’école, les activités favorites des enfants avec les XO sont la prise de photo, l’enregistrement de vidéo et les jeux. Certains utilisent également gnome pour stocker et visionner des images, des vidéos, ou écouter de la musique qu’ils ont préalablement enregistré grâce à l’activité enregistrer.

Fond d'écran surprenant sous Gnome
Ces premières observations informelles sur les usages quotidiens du XO par les enfants méritent d’être mises en perspective avec les données obtenues grâce aux backups ; un travail avec Pierre Varly est en cours à ce sujet. Une étude complémentaire devra également être faite afin de faire une analyse plus systématique de ces usages en relation avec les activités des enfants dans leur vie quotidienne.

Pour en savoir plus :

Cette recherche a été conduite par Sandra Nogry, MCF en Pyschologie des apprentissages (laboratoire Paragraphe, Université Cergy-Pontoise) en collaboration avec Françoise Decortis, Professeure en ergonomie, (Equipe C3U, Laboratoire Paragraphe, Université paris 8). Il est financé par l’Université Paris 8 dans le cadre du programme d’aide à la recherche innovante (PARI) « ergonomie pour l’enfant » et le projet PICRI « Projet OLPC : Usages et appropriation d’ordinateurs portables à l ‘école) financé par la région île de France.
Pour toute information complémentaire vous pouvez contacter Sandra Nogry : sandra.nogry@u-cergy.fr

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[Nosy Komba] Retour de Nosy Komba

Comme chaque été, plusieurs membres d’OLPC France se succèdent cette année à Nosy Komba pour poursuivre notre projet de déploiement. Voici le premier retour de Sandra sur ses actions et ses impressions pour son deuxième voyage sur place.

Dans le cadre de notre projet de recherche en cours sur l’usage et l’appropriation des XO par les enseignants et les enfants, et suite à l’étude conduite en 2013 (voir l’article Quels usages des XO à Nosy Komba 4 ans après), j’ai souhaité poursuivre le travail commencé en 2013. Je suis partie au mois de mai 2014 avec une commande d’OLPC France – former les nouveaux enseignants- et des objectifs de recherche multiples :

  • Etudier l’évolution des usages des XO en classe d’une année sur l’autre
  • Observer la façon dont les nouveaux enseignants s’approprient les XO et les intègrent à leur pratique
  • Documenter leurs usages par les enfants en dehors de l’école, la façon dont ils prennent place dans leur activité quotidienne

Je suis donc partie pour plusieurs semaines, chargée de caméra, appareil-photo, cahiers, tests à faire passer et autres supports susceptibles de favoriser la prise de parole des enfants.
A la sortie de l’avion, à mon arrivée à Hellville, j’ai plaisir à retrouver la chaleur et la douceur d’une soirée orageuse et le rythme détendu des habitants déambulant en ville.

Le lendemain, après une traversée sur la pirogue de Denis, à l’arrivée à Antitourne, je vois Diry grimper sur la pirogue… très surpris de me voir ici ! Première retrouvaille avec les enfants !

Arrivée en pirogue

Chez Stefano, je rencontre l’équipe suisso-franco-malgache en charge de la turbine hydro-électrique (associations CEAS et PATMAD), occupée à faire fonctionner une nouvelle turbine plus puissante pour alimenter le village.

Autour de la turbine

La nouvelle turbine

Pendant plusieurs jours à table, on parlera technique, énergie renouvelable et développement durable dans une ambiance très agréable. Je reprends progressivement contact avec les lieux et le village ; une première soirée « guitare avec les enseignants », jeux et baignade avec les enfants occupent ce premier week-end.

Semaine 1 : reprise de contact

Lundi matin, après la montée du drapeau, suit un temps avec les enseignants.
Levée de drapeau

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Beaucoup de changement cette année, au collège, deux enseignantes et un enseignant sont partis, remplacés par deux nouveaux enseignants, Patrick est devenu directeur, et à l’école primaire Edwige est devenue directrice et deux nouveaux enseignants sont venus renforcer l’équipe. Je me présente, décris mes objectifs, et fais connaissance avec les nouveaux venus. L’accueil est positif et chaleureux, ils posent des questions, manifestent une envie de collaborer.

Une première semaine est donc consacrée à la prise de contact avec les enseignants : je fais des observations informelles durant les cours « ordinaires » le matin, et observe les séances de XO l’après-midi. Pendant les pauses, nous discutons et plaisantons. Durant les séances les nouveaux enseignants me font part de ce qu’ils ont essayé, des problèmes techniques rencontrés, de leurs difficultés, demandes, etc. Suite à ces demandes j’organiserai plusieurs temps de travail pour préciser leurs besoins et faire de la formation.

Un enseignant qui doit s’absenter pour une réunion me confie également sa classe afin de mener une séance de XO. Je leur propose de réaliser une petite carte de présentation associant leur photo et du texte, de façon à travailler la façon de se présenter en français l’écriture, et la mise en forme dans un traitement de texte. L’écriture est plus ou moins aisée, mais tous s’impliquent dans la classe et produisent un petit document, puis on enchaine par quelques jeux, du dessin, et un peu de géographie avant que l’essence ne s’épuise.

Les  XO en classe

Durant cette première semaine, mes journées s’organisent progressivement : journée d’observation à l’école, fin d’après-midi sur la terrasse avec les enfants -au programme, photos, dessin, jeux de cartes, XO pour quelques-uns – durant les temps morts, observation des enfants (leurs jeux, de leurs activités quotidiennes),

Les enfants
Autour du XO

puis soirée italienne, avant un dernier temps de travail, de lecture face à la mer ou de déambulation sous les étoiles.

A l’école, premières utilisations des XOs observées

A l’école primaire, dès les premières séances, je constate que les enseignants proposent principalement d’utiliser Gcompris pour travailler des activités mathématiques et du vocabulaire en français et le traitement de texte pour recopier ou rédiger des textes courts. L’équipe Gducoeur 2013 leur avait laissé un beau manuel décrivant les activités de Gcompris, et ils s’en sont tous emparés pour sélectionner les activités adaptées au niveau de leurs élèves.

GCompris

Au collège, les séances proposées sont plus diversifiées. Le XO est utilisé pour travailler certains éléments du cours en mobilisant différentes applications. Par exemple durant la première semaine, j’assiste à une séance d’EPS durant laquelle les élèves utilisent les XO pour chronométrer la course des membres de leur équipe. Dans un 2eme temps, il leur ai demandé de calculer la vitesse moyenne de chacun puis le temps moyen obtenu par le groupe afin de déterminer quelle équipe est la plus rapide. Chaque groupe se répartit alors dans l’une des salles du collège et dans une joyeuse ambiance ils font des tableaux récapitulatifs, s’entre-aident pour déterminer comment calculer une moyenne, une vitesse et utilisent les XO pour réaliser les différents calculs demandés. J’assiste là à un véritable travail collaboratif et en autonomie.

Top chrono !Calcul des moyennesLes scores

Cette semaine-là ma présence incite les enseignants à improviser une seconde séance de XO, mais que faire ? Je propose une initiation à la photographie inspirée d’un projet photo déjà existant : les adolescents sont invités à échanger leur point de vue sur des photos célèbres (ce qu’ils aiment, ce qu’ils n’aiment pas, ce qu’ils ressentent), puis on analyse le cadrage et l’effet qu’il produit. A partir de ce premier travail chacun est invité à prendre ses propres photos dans le village avec le XO ; à l’issue de la séance, nous échangeons sur les photos présentées par chacun ; de ces 2 heures de travail il ressort des photos fortes, émouvantes, drôles !

Photo d'enfantPhoto d'enfant

Enfin une séance ouverte le samedi matin réunit 60 enfants hyper-motivés ! Durant cette séance, j’observe ce qu’ils font spontanément.

Séances de travail avec les enseignants

Dès mon arrivée plusieurs enseignants sont en demande d’une programmation sur l’année, décrivant ce qui doit être fait au cours de l’année pour chaque niveau. Je leur propose différentes réunions de travail.
Une première réunion a lieu le samedi matin avec les nouveaux enseignants de l’école primaire. Ce temps de travail porte surtout sur l’utilisation du XO lui-même et la découverte de différentes activités potentiellement intéressantes.
Une seconde réunion a lieu le lundi suivant, cette fois en présence de toute l’équipe enseignante de l’école primaire, ceci afin de faire le point sur le déroulement de l’année, les difficultés éventuelles, et leurs besoins. Différents besoins émergent :

  • du point de vue organisationnel, l’ouverture d’une nouvelle classe pose des difficultés de répartition des séances de XO (comment répartir 5 classes sur 4 après-midi ? (les enfants rentrent chez eux le vendredi après-midi) ;
  • sur le plan matériel, l’approvisionnement en essence est plus simple que l’année précédente, mais quelques problèmes d’approvisionnements sont encore signalés,
  • sur le plan pédagogique, tous les enseignants constatent le faible niveau des enfants en français, et signalent des besoins spécifiques à ce sujet.

Nous convenons d’une 3eme réunion un vendredi après-midi avant mon départ, cette fois avec les professeurs de langue du collège afin de réfléchir spécifiquement à cette question. Durant cette séance-là, chacun est invité à partager ses expériences, ce qu’il a essayé, ce qui a bien marché, puis je présente les livrets sur l’enseignement du français proposés par l’ifadem ainsi que différents usages possibles des XO pour l’apprentissage du français. S’en suit une réflexion sur ce que chacun pourrait essayer avant la fin de l’année. Les enseignants sont également en demande de formation à internet.

Scéance de travail avec les profs

Nous finissons cette après-midi studieuse autour d’un verre, l’ambiance est chaleureuse et détendue !

Activités de recherches sur les usages

Sur le plan de la recherche, après une première semaine d’observations informelles dans la plupart des classes, je passe à des observations plus systématiques les 2 semaines suivantes. Suivant les séances, mes observations portent plus systématiquement sur l’organisation des séances, les interactions entre enseignant et élèves ou sur l’activité de quelques élèves durant une séance. Certaines séances sont filmées. Des séances en classe ordinaire (sans XO) portant sur des objets d’apprentissage comparables sont également observées et filmées afin d’avoir des situations de référence permettant de contraster les observations faites dans les séances de XO.
Afin d’en savoir plus sur leurs usages en dehors de l’école, je mène des entretiens avec une vingtaine d’enfants (3 à 5 enfants par classe) et quelques mamans. J’avais prévu de compléter ces entretiens par des observations informelles dans le village après l’école ou durant le week-end,
Le XO en dehors des cours

mais il s’avère que la faible autonomie des batteries des XO 1.0 limite bien souvent l’utilisation du XO en dehors de l’école à la demi-heure qui suit la séance ; ces observations s’avèrent limitées.

En vue d’analyser les backup de l’année, il nous semble par ailleurs utile d’en savoir plus sur le niveau de maîtrise de la lecture (en particulier en français) et de la compréhension écrite des enfants des différentes classes. Dans cette perspective, observations et entretiens sont complétés par des tests individuels de lecture (Early Grade Reading Assessment) en français et en malgache.
Pour les entretiens comme pour les tests, la présence à mes côté de Fara, étudiante malgache assurant pour l’occasion le rôle d’interprète me facilite grandement la tâche !

Arrivée de l’équipe G du coeur : tonga sua !

Au début de ma quatrième semaine sur place, j’accueille à Nosy bé l’équipe des étudiants de Gducoeur, équipe très motivée et heureuse d’être là. Ce premier week-end ensemble est consacré à l’installation et à la découverte du village – les enfants prennent un grand plaisir à nous faire découvrir les chemins de traverse ! – avant un dimanche « farniente » à Ampangourine.

Le contact est tout de suite excellent avec les enfants ; Durant cette dernière semaine je leur laisse progressivement la place dans les séances de XO, pour mieux me consacrer aux entretiens et à la passation des entretiens et des tests.

Jessica de l'équipe G du coeur et les enfantsG du coeur en classe avec les enfants

Azalahy ééééé !

Après des semaines bien remplies, de belles rencontres, beaucoup de jeux avec les enfants et quelques belles excursions, déjà le jour du départ approche. Nous fêtons cela dignement avec les enseignants, les amis, et les enfants habitués de la terrasse. Les chansons des enseignants, les rythmes des djumbés, et quelques danses endiablées rythment la soirée.

Soirée de fête

Leurs chants résonnent encore parfois sur les trottoirs de Paris !

Sandra Nogry, (laboratoire Paragraphe, Université Cergy-Pontoise)
Recherche réalisée dans le cadre du projet PICRI « Projet OLPC : Usages et appropriation d’ordinateurs portables à l ‘école), mené en partenariat avec l’Université Paris 8 – Françoise Decortis, (équipe C3U, Laboratoire Paragraphe), projet financé par la région île de France

idf2005

[Nosy Komba] Des nouveaux manuels pour les enseignants

Cet été Maud, Margaux, Axel et Rémy ont passés un mois à Nosy Komba. Leur mission était principalement de former les nouveaux enseignants et de faire découvrir aux autres les nouvelles activités.

Formation sur le XO

Comme chaque fois, l’importance est de mettre les activités du XO en situation dans une séquence pédagogique de manière à ce que l’enseignant comprenne l’intérêt du XO dans les apprentissages. Il est également important de bien expliquer à l’enseignant les différentes étapes de l’activité à réaliser.

Pour cela, à l’initiative de Laura, les deux équipes précédentes avaient travaillés à l’écriture de plusieurs manuels à destination des enseignants. Cette année l’équipe a complétée, mis à jour et amélioré le travail. Ils ont pu ainsi être imprimé et transmis aux enseignants en version papier par Pierre et Daniel en août.

3 nouveaux manuels

Ce sont ces manuels que nous vous proposons aujourd’hui:

Manuel basique du XO: A la découverte du XO et de Sugar en quelques pages. Un manuel d’utilisation entièrement conçu sur place.
http://olpc-france.org/docs/Manuel_basique_du_XO_v1.pdf (16Mo)

Le XO Malgache: 16 activités pas à pas à réaliser par les enseignants. Un clin d’œil Malgache au fameux « Le XO dans la classe » Péruvien.
http://olpc-france.org/docs/XO_Malgache_2013_v1.pdf (8Mo)

Découvrir Gcompris: La synthèse des contenus de l’activité Gcompris. Un guide indispensable sur cette très riche activité de Bruno Coudoin.
http://olpc-france.org/docs/Decouvrir_Gcompris_v1.pdf (3Mo)

Bien entendu tous ces contenus sont entièrement diffusable sous la licence CC-BY-SA.

[Nosy Komba] Comment gérer un parc de 200 XO ?

Depuis le lancement du projet en 2009, nous avons apporté à Nosy Komba environ 200 ordinateurs XO. A côté de nombreuses problématiques financières, logistiques, pédagogiques que nécessitent le déploiement de ces machines, il y a une question qui se pose chaque année: comment gérer le parc ?
Dans ce contexte « gérer » veut dire: s’assurer du bon fonctionnement des ordinateurs, s’assurer que les logiciels fonctionnent et s’assurer simplement de leur bonne affectation (notamment à travers un inventaire). C’est ce projet dans le projet que nous vous proposons de découvrir aujourd’hui.

Un travail facile à faire 200 fois devient un travail difficile

Si vous devez expertiser l’ordinateur XO d’un enfant, vous assurer qu’il fonctionne, qu’il contient la dernière version de Sugar et que vous devez le rendre à cet enfant, sous réserve qu’on vous explique comment faire, nul doute que vous devriez y arriver. Mais si vous devez le faire pour 200 XO, même si vous savez comment faire chaque opération, vous allez avoir un problème encore plus complexe à traiter: comment vous organiser pour gérer efficacement autant d’actions ?

Plein de XO

Nous sommes des volontaires, il faut donc reconnaître que nous n’étions pas préparé du tout à gérer ce genre de choses. Et les volontaires qui chaque année ont dû réaliser sur place ce travail ont donc tâtonné, stressé, essayé, inventé pour accomplir aux mieux cette tâche titanesque qui en plus:

  • est réalisée dans un temps relativement court: pour priver le moins de temps possible les enfants de leur XO,
  • est réalisée au fil de l’eau: on récupère rarement tous les ordinateurs en une fois,
  • est complexe à préparer à l’avance: il y a toujours sur place un problème technique matériel ou logiciel qui n’avait pas été anticipé à Paris.

Cette année, nous avons donc essayé « d’industrialiser » le processus et de le documenter en espérant (croisons les doigts) qu’il ne sera plus source de difficulté dans l’avenir.

Qu’est-ce qu’il faut faire ?

D’abord commençons par se poser une question simple: qu’est-ce que veut dire « gérer un parc de XO » ? Autrement dit: qu’est-ce qu’il y a à faire ?

Perplexe

Concrètement, voici les actions à réaliser:

  • récupération: récupérer les ordinateurs auprès de chaque classe et de chaque enfant,
  • inventaire: compter le nombre de machine et les identifier afin de s’assurer qu’il n’y pas de perte d’une année sur l’autre,
  • réparation: réparer les écrans cassés, les claviers déchirés ou les coques abimées,
  • backup: réaliser un backup des journaux afin de pouvoir en analyser l’usage,
  • flashage: mettre à jour le système et les applications (voir ici),
  • affectation: redistribuer les ordinateurs aux enfants et gérer l’affectation de chaque ordinateur.

Mais dans quel ordre réaliser les actions ? Peut-on enchaîner les actions ou doit-on attendre la fin de chaque action ? Comment faire tout cela lorsqu’on est plusieurs ? Doit-on spécialiser chaque personne sur une action ? Comment gérer le fait qu’une étape puisse être interrompue ?

Principes de base

Pour répondre à toutes ces questions nous avons cette année essayé de définir les principes généraux pour les opérations de gestion du parc:
– chaque étape est définie par des objectifs clairs et simples et par des éléments en entrée et en sortie. Par exemple pour l’inventaire l’objectif est de lister de manière exhaustive les machines. On a en entrée un tas de machines récupérées non inventoriées et en sortie un tas de machines inventoriées.
– les étapes sont isolées les unes des autres: cela veut dire que l’on ne se préoccupe pas des étapes précédentes ou suivantes quand on est sur une étape. Concrètement quand je suis en train de flasher une machine je ne dois pas me préoccuper de savoir auprès de qui elle a été récupérée et à qui elle va être distribuée.

Ces points ont l’air évidents mais ils ne le sont pas sur le terrain car comme on récupère les machines par classe ou par enfant, on est tenté de les gérer de la même manière. Si c’est réalisable pour quelques machines en faisant des tas ou des numérotations, ça ne l’est plus pour plusieurs dizaines d’ordinateurs qui vont arriver en ordre dispersé. Bref, nous avons décidé en connaissance de cause de gérer collectivement plutôt qu’individuellement.

Avant notre départ en Mai, j’ai formalisé la description de chaque étape dans un document spécifique.

Processus de gestion du parc

Ces principes de bases entraînent une manière de fonctionner sur place simple. Pendant les opérations, les ordinateurs sont séparés en différents « tas »:

  • le tas des machines à inventorier,
  • le tas des machines à backuper,
  • le tas des machines à flasher,
  • le tas des machines à réparer,
  • le tas des machines à distribuer.

Organiser son espace

Encore une fois, je précise que dans ces « tas » les machines ne sont pas différenciées. Qu’importe de savoir si une machine vient du CM2 ou du CE ou si elle a été flashée ou pas.
Le gros avantage de cette organisation est que le travail à faire se déduit du « tas » où on se trouve. N’importe qui peut prendre une machine sur un tas en déduire ce qu’il y a à faire, réaliser l’opération et mettre la machine sur un autre tas après avoir fini.
De plus, l’organisation supporte le fonctionnement au fil de l’eau: les machines peuvent arriver et sortir en permanence.

Évidemment, la réalisation de ces classements suppose un local dédié au stockage où l’on repère sur le sol (par de posts it de couleur par exemple) les emplacements des différents tas. Voici ce que cela donnait à Nosy Komba.
Des piles de XO

 

Identification et affectation

Chaque XO a un numéro de série qui se trouve derrière sa batterie. Rien de plus simple en théorie de l’identifier.

Ce numéro étant néanmoins un peu complexe (par exemple SHC842011ED ou CSN747017CC) et l’inventaire n’étant pas toujours réalisé dans des conditions de luminosité idéale, on peut néanmoins facilement se tromper ce qui perturbe l’inventaire d’une année sur l’autre. Pour remédier à cela et comme le numéro de série est également présent sous forme de code à barre, nous avons cette année investi dans une douchette de lecture.

Flashage
Flashage

Nous évitons ainsi les problèmes d’identification.

Mais l’identification n’est pas tout, il est également nécessaire de déterminer quelle machine est affectée à quel enfant. Là-aussi, rien de plus simple en théorie: faire correspondre un identifiant de machine à un enfant. Cela a pourtant été un cauchemar chaque année pour toutes les équipes.

Notre première tentative a été d’utiliser les numéros de série. Nous avons donc construit un tableau Excel avec les affectations. L’idée semble bonne mais il est impossible de demander aux enseignants de gérer ce tableau et comme nous sommes généralement présent en Mai et que les affectations changent à la rentrée d’Octobre, nos tableaux sont donc obsolètes au bout de quelques mois :-(

Tableau d'inventaire

Autre fausse bonne idée: écrire tout simplement avec un marqueur indélébile le nom de l’enfant et sa classe sur la machine.

Non, pas ça !

Trop tard :-(

Mais évidemment ça ne marche que très peu de temps: l’un et l’autre changent régulièrement ce qui a valu aux équipes suivantes de devoir nettoyer à la brosse à dent et à l’essence les inscriptions (pouah !)

Cette année, nous avons donc opté pour une solution plus simple: nous avons inscrit un numéro unique sur chaque XO – plus simple que le numéro de série – et nous ne gérons plus nous-mêmes les affectations.

Un XO, un numéro

Chaque enseignant a à sa disposition un cahier d’affectation qu’il a pour tâche de tenir à jour.

Tableau d'affectation

C’est ce document que nous utiliserons lors de nos inventaires, sachant que nous avons évidemment la correspondance entre le numéros des XO et les numéros de série.

A la prochaine ?

Voilà, j’espère que cette description détaillée sera utile aux prochaines équipes et qu’il sera un exorcisme pour les autres à qui je dédie ce billet. Espérons aussi que nous n’aurons plus rien à écrire là-dessus :-)

[Nosy Komba] Des nouveaux contenus en 2013

Comme chaque année l’une de nos missions en 2013 à Nosy Komba a été de mettre à jour les XO. Il est important de le faire: à la fois pour disposer de la dernière version du système Sugar avec ses évolutions et ses corrections mais aussi pour pouvoir installer de nouvelles activités et contenus. Ce billet raconte cette aventure de plusieurs mois où les volontaires « de l’ombre » OLPC France ont un rôle déterminant.

Quelle version de Sugar ?

Le travail a démarré en Janvier par une question simple: quelle version de Sugar installer ?

La version de Sugar déployée à Nosy Komba en 2012 était Sugar 0.94, la version actuelle est Sugar 0.98. Néanmoins, il se passe quelques temps entre la sortie d’une nouvelle version de Sugar et son « packaging » pour l’ordinateur XO. Ainsi, le packaging de la version Sugar 0.98 pour le XO, nommée « 13.1.0 » n’était pas encore stable en début d’année et certains problèmes de performances étaient signalés à l’époque. Par prudence, nous avons donc opté pour Sugar 0.96 et son package pour le XO appelé « 12.1.0 » qui lui, était stable.

Mais Sugar 0.96 est une mise à jour majeure par rapport à Sugar 0.94. Elle intègre notamment le remplacement de l’interface graphique Gtk2 par Gtk3 et le remplacement du navigateur/moteur web de Gecko (Firefox) par WebKit (Chrome). Ces deux éléments plus quelques modifications du fonctionnement du système ont un impact important sur les activités du XO qui nécessitent d’être adaptées.

Tester les activités

Notre première action a donc été de lancer une campagne de tests sur Sugar 0.96 de toutes les activités que nous avions déployées sur les XO à Nosy Komba. C’est-à-dire plus de 60 activités à tester individuellement ! Début Février, c’est donc 4 personnes qui se sont mobilisées pour faire ce travail de fourmi: Alexandre, Aurélie, Jean et Lionel.

70% des activités fonctionnaient parfaitement dans l’état ou en téléchargeant une version plus récente de l’activité. Hélas, parmi les 30% d’activités qui ne fonctionnaient pas se trouvaient nos best-sellers: Gcompris, Tuxmath, Falabracman et… Madagascar.

Après divers échanges et recherches auprès des développeurs Sugar, nous finissons par identifier la cause des principaux dysfonctionnements:

  • Packaging : le format du fichier de manifest des activités (activity.info) a légèrement changé en Sugar 0.96, deux petites modifications (bundle_id et exec) permettent de l’adapter. Il suffit donc de changer ce fichier pour corriger le problème.
  • Hulahop : toutes les activités reposant sur l’ancien navigateur (Gecko) ne fonctionnent plus. Il faut adapter leur code Python à WebKit en utilisant le nouveau contrôle WebView au lieu du contrôle Hulahop.

Nous prenons en charge ces adaptations et après quelques jours réussissons finalement à corriger 98% des activités. Ouf !

De nouveaux contenus

La mise à jour est aussi l’occasion pour nous de déployer de nouveaux contenus:

  • Des nouvelles activités,
  • Des nouveaux livres électroniques.

Pour les activités, Sugar 0.96 nous permet de bénéficier de nouvelles activités écrites en HTML5. Nous décidons d’embarquer de nouvelles activités sur les machines:

  • GridPaint: Une activité de dessin de Brian Silverman plutôt pour les petits car elle ne nécessite pas de compétences à la souris (on dessine dans des triangles).
  • Abecedarium : un abécédaire (français/anglais) qui permet de voir/entendre les mots par thèmes et par catégorie ou de jouer à les retrouver.
  • FoodChain: trois petits jeux pour apprendre les chaînes alimentaires.

Pour les nouveaux livres électroniques, nous reprenons le travail de nos amis d’Haïti qui ont réalisé une compilation de plus d’une quarantaine de livres pour enfant libres de droits en Français.
Partenaires depuis 3 ans des dynamiques éditions Jeunes Malgaches, nous avons aussi la chance de pouvoir embarquer 2 nouveaux livres malgaches : un nouveau livre des aventures de Maria (la « Martine » Malgache !) et un très beau livre bilingue Français/Malgache (« L’arbre, l’eau et la vie »).

Nous en profitons pour « packager » cette librairie sous forme d’une nouvelle bibliothèque qui devrait attirer l’œil des enfants et des enseignants.

 

Comment déployer 200 XO ?

Avoir des contenus est une chose mais les déployer simplement et rapidement sur 200 XO est autre chose.

Grosse difficulté de Sugar 0.96: il ne supporte plus les « Customization Stick« . Cette sympathique fonctionnalité nous permettait de préparer la « Clé magique« , une clé USB qui permettait facilement à un volontaire de mettre à jour un XO avec une nouvelle version de Sugar et le déploiement d’activités. C’est simple: on insère la clé magique, on démarre le XO, on attend, il se met à jour tout seul et il s’éteint.

Sans « Clé magique », il faut pour chaque machine: faire un flashage individuel, attendre que ce soit fini puis la démarrer, lui donner un nom, lancer l’activité Terminal, lancer un script de mise à jour, attendre que ce soit fini et éteindre proprement la machine.

Evidemment c’est complétement inimaginable à faire sur 200 machines !

Après d’autres discussions sur les listes OLPC, une alternative est finalement trouvée: créer sa propre image complète du système via « OS Builder ». Autrement dit: packager une distribution spécifique Fedora pour le XO. L’opération nécessite une version de Linux spécifique, pas mal de configuration et un peu de programmation Forth. La première version « vide » de la distribution OLPC France pour le XO voit le jour… fin Mars. Le temps presse, la première équipe part dans un peu plus d’un mois.

 

De l’optimisation et encore des tests

Jusqu’à présent nous utilisions une image standard sur lequel nous ajoutions des contenus. L’avantage de créer notre propre image du système est la possibilité de la paramétrer entièrement. Ainsi nous avons la possibilité:

  • de choisir les langues supportées et de choisir la langue au démarrage du XO (plutôt que de devoir la faire configurer aux enfants au premier démarrage),
  • de choisir les activités présentes sur le XO (en plus et en moins de celles « standard »),
  • de configurer les activités qui sont directement visibles sur la page d’accueil du XO.

Nous avons donc décidé d’optimiser notre image et pour cela nous avons d’abord mesuré la taille disponible sur le système avec une image minimale (Sugar en Français et en Anglais et aucune activité). Le résultat est 550 Mo pour le XO 1 et 2,5Go pour le XO 1.5.
Nous avons ensuite listé la taille des différentes activités et décidé de les prioriser afin de décider lesquelles inclure dans notre image.

Bonne nouvelle: l’optimisation de l’image nous permet ainsi d’installer Gcompris sur le XO 1 alors que nous n’avions pour l’instant pu l’installer uniquement sur les XO 1.5 (qui ne sont hélas qu’une partie du parc des XO à Nosy Komba). Voilà qui va faire des petits heureux !

Dernière étape enfin, mi-Avril, l’image complète est générée et testée par plusieurs volontaires. Elle est ensuite mise sur plusieurs clés USB et attend son départ pour Nosy Komba début Mai.

[Nosy Komba] Quels usages du XO après 4 ans ?

Premier volet des actions 2013 sur notre déploiement à Madagascar: étudier les usages du XO après 4 ans. Interview exclusive de Sandra, tout juste rentrée de Nosy Komba.

Peux-tu te présenter rapidement ?

Je suis Sandra Nogry, enseignant chercheure en psychologie des apprentissages à l’université Cergy Pontoise, je réalise actuellement des recherches sur les usages des technologies en éducation. Cette recherche est menée en collaboration avec Françoise Decortis, Professeure d’ergonomie à Paris 8, financée par l’université Paris 8 (Projet PARI) et soutenue par la région Ile-de-France.

Tu termines 3 semaines de mission sur le déploiement OLPC France à Nosy Komba. Quel était l’objectif de cette mission ?

Je suis venue pour mieux comprendre les usages actuels des XO déployés à l’école d’Antitourne par OLPC France depuis maintenant 4 ans. Je m’intéresse aux usages des XO par les enfants à la fois à l’école et en dehors de l’école.

Plus concrètement quelles sont les actions que tu as menées sur place ?

La démarche que j’ai suivie est celle développée par l’ergonomie, ; elle consiste à comprendre l’activité des différents acteurs en vue d’améliorer les situations existantes.
Suivant cette démarche, j’ai d’abord cherché à identifier les enjeux des différents acteurs intervenant dans ce projet (différents membres d’OLPC France, responsables du projet, enseignants) à travers un ensemble de discussions informelles avec chacun à Paris puis à Nosy Komba. Ensuite j’ai cherché à comprendre les différentes contraintes qui pèsent sur les usages des XO en classe.

J’ai également observé l’activité des enfants lorsqu’ils utilisent le XO, afin de caractériser les différents usages. L’essentiel de mes observations ont eu lieu en classe, j’ai observé les 10 séances de XO (8 à l’école primaire, 2 au collège) qui se sont déroulées durant ma présence. J’ai aussi passé du temps avec les enfants du village afin d’observer les usages des XOs durant leur temps libre ; ma terrasse est rapidement devenue la salle de jeux du quartier ! Des échanges avec les enseignants les élèves sont venus compléter ces observations.

Quels sont les principaux résultats que tu as observés en classe ?

Ce que j’ai pu observer en classe, durant les séances de XO, c’est que l’essentiel des enseignants impliqués dans le projet se sont saisis des XOs pour proposer des séances visant à travailler les connaissances des programmes scolaires (lecture, histoire, géographie, etc.) sous des formes différentes. Les activités utilisées en classe sont assez variées, il s’agit à la fois de ressources pédagogiques utiles aux enseignements et non présentes dans les classes (par exemple les textes, photos ou cartes proposées par l’activité Madagascar), de jeux éducatifs (Tuxmath, GCompris) et des activités qui offrent des formes d’interactions (Mémoriser) ou d’expressions nouvelles (Ecrire, Etoys, Fototoon, etc.). J’ai par exemple observé que l’activité Fototoon était utilisée en Français (à l’école primaire), et en Anglais (au collège) pour mettre en scène des situations de communication et les représenter sous forme de film ou de bande dessinées.

Durant les séances, j’ai également observé un réel effet de l’utilisation des XOs sur la motivation des enfants : ils s’engagent rapidement dans les activités proposées et sont attentifs, concentrés sur le travail à réaliser.

Qu’est-ce que ce que le XO a changé sur l’apprentissage ?

Les enjeux en termes d’apprentissage sont différents suivant les acteurs du projet. Pour le projet OLPC, le XO doit rendre les enfants autonomes dans leurs apprentissages et leur permettre d’acquérir les compétences du 21ème siècle: litéracie numérique, créativité, communication, collaboration, autonomie, pensée critique.
En revanche, ces compétences ne sont pas du tout présentes dans les programmes Malgaches. Du point de vue des enseignants le point le plus important est d’augmenter le niveau des élèves, de leur permettre d’accéder à d’autres ressources et de construire des connaissances nouvelles et d’améliorer leur maîtrise du langage.

Mon objectif était d’analyser l’activité des enfants, je n’ai donc pas fait de mesures quantitatives des connaissances ou des compétences des élèves. Néanmoins pour chacun de ces objectifs j’ai fait des observations qui peuvent donner des indications sur les compétences développées.

  • Concernant la maitrise des technologies et la litéracie numérique, j’ai observé qu’une majorité d’enfants présents durant les séances de XO semblent à l’aise avec l’ordinateur. Ils connaissent bien les activités présentes dans le XO, savent y accéder, et utiliser les fonctionnalités de base des principales activités (Ecrire, Enregistrer, Madagascar, principaux jeux). Chez les CM1-CM2, on observe qu’ils savent utiliser le gestionnaire de fichier de Gnome et passer de l’interface Sugar à Gnome sans difficulté. Il est à noter que mes observations portent uniquement sur les 50 à 70 % des élèves qui participent aux séances de XO. Selon les enseignants, ce sont les enfants nouvellement arrivés dans l’école cette année qui ont le plus de difficulté à utiliser le XO.
  • Concernant les compétences transversales (collaboration, autonomie, créativité), contrairement aux cours classiques, en classe le XO favorise l’autonomie. La pédagogie prônée par les programmes est fondée sur la répétition et l’apprentissage par coeur ; avec le XO, même si les séances sont très guidées, les enfants sont amenés à être plus actifs, à produire des contenus et à réfléchir par eux-mêmes ; c’est donc un pas, parfois léger mais réel, vers l’autonomie.
    J’ai pu voir dès mon arrivée que les élèves ont l’habitude de collaborer avec le XO comme durant leurs jeux quotidiens. Le village dans lequel ils grandissent est le lieu d’un projet de développement dans lequel la collaboration est particulièrement valorisée. Dans ces conditions, et sans point de référence, il est difficile de mettre en évidence l’apport du XO sur la collaboration. Il faudrait conduire une étude systématique auprès des enfants nouvellement arrivés dans le village. En classe, les activités proposées mettent peu en jeu la créativité en revanche de leur propre initiative, les enfants utilisent le XO pour différentes activités créatives telle que la photo, la vidéo, le roman photo, du dessin ou parfois de la musique. L’outil semble donc être un bon support à leur créativité.

  • Les différentes ressources présentes sur le XO permettent aussi aux élèves d’apprendre de manière plus active les connaissances et compétences travaillées en cours dans différentes disciplines (mathématique, histoire, géographie, etc…) ; à l’école primaire, Tuxmath rencontre un vif succès.
  • Du point de vue de la maîtrise de la langue, le XO permet de travailler des compétences non travaillées dans les cours classiques. Les cours classique permettent de travailler principalement grammaire, vocabulaire, conjugaison tandis que le XO permet occasionnellement de travailler d’autres compétences notamment les situations de communication.

Au vu des observations réalisées, on voit qu’avec le XO les élèves sont activement engagés dans des activités d’apprentissage portant sur des connaissances et compétences variées. On peut donc faire l’hypothèse d’un effet positif du XO sur différentes formes d’apprentissage. Toutefois, ces observations doivent être nuancées : dans beaucoup de situations, j’ai observé le manque de maîtrise par les enfants de certaines fonctionnalités des activités du XO ; cela occasionne pour eux beaucoup de difficultés et peut parfois être un frein aux apprentissages (centration sur les aspects technique et perte de vue des apprentissages en jeu dans l’activité). Ce phénomène n’est pas propre à Nosy Komba ou aux activités proposées par OLPC, des résultats semblables ont été mis en évidence par ailleurs.
La plupart des enseignants sont conscients des difficultés rencontrés par les élèves et mettent en place des solutions pédagogiques pour gérer ce problème. A l’issue de mon travail d’observation, j’ai animé une réunion avec eux afin d’identifier les difficultés des élèves et de réfléchir ensemble aux actions possibles en présentant notamment les solutions mises en place par les enseignants de Saint-Denis ; ce moment a été un partage d’expérience riche !

Quels sont les principaux résultats que tu as obtenus sur les autres usages ?

Concernant les usages informels, pour l’anecdote j’ai été surprise de voir dès le 1er soir des enfants traversant le village en écoutant de la musique. Au-delà de cette anecdote, les enfants que j’ai pu observer aiment réellement l’utiliser et l’utilisent pour différentes activités: les plus jeunes (6 – 8 ans) aiment faire des jeux, GCompris remporte un grand succès ; les plus grand aiment écouter de la musique, faire des photos ou regarder des photos ou images partagées ; les images sont assez hétéroclites: paysages, photos personnelles ou photos de chanteurs célèbres (Shakira, Michaël Jackson, Justin Bieber). Les plus grands enregistrent aussi des sons de l’environnement quotidien. Enfin, on trouve parfois des vidéos de XO diffusant des vidéos d’autres XO.
Je me suis demandé comment ils avaient obtenu tout cela: apparemment des clés USB circulent dans le village ce qui permet de faire circuler la musique Gazy (Musique pop local). (Note de l’Interviewer: Il semble aussi qu’ils enregistrent avec le XO les musiques qui leur plaisent et qu’ils se les échangent ensuite).

Les résultats sur la partie éducation sont-ils très différents de ceux constatés à Saint-Denis ?

Oui. Les usages de part et d’autres sont relativement différents, mais il est difficile de procéder à une comparaison de ces deux environnements pour l’instant pour plusieurs raisons :

  • Tout d’abord, les objectifs des deux études et les temporalités sont différentes : Ici, à Nosy Komba, la plupart des enseignants utilisent les XO en classe depuis 2 à 4 ans, et mes observations se sont limitées à deux séances par enseignants. L’étude que nous avons finalisée à Saint-Denis portait sur les trois premiers mois d’utilisation par les enseignants, et nous travaillons là-bas sur le processus d’appropriation ; les résultats que nous obtiendrons à l’issue de plus d’un an d’utilisation seront peut-être plus éclairants…
  • De plus, les contextes sont très différents : Ici à Antitourne, ce déploiement s’inscrit dans un projet global de développement du village; l’éducation des enfants y tient un rôle central, les enseignants sont incités à s’investir particulièrement pour contribuer à ce développement.
  • Les contraintes matérielles (électricité, maintenance, …) et institutionnelles (programmes scolaires, poids de l’inspection) qui pèsent sur le projet sont par ailleurs très très différentes. Par exemple la mise en place des conditions matérielles nécessaires au bon déroulement de la séance (groupe électrogène, installation, …) prend plus de 20 minutes. Ces différents éléments de contexte rendent difficile une comparaison trop rapide des deux terrains et demande une analyse approfondie.

Néanmoins, l’expérience des enseignants de Saint-Denis semble intéresser les enseignants ici, et réciproquement !

Merci Sandra. Un mot à ajouter ?

Merci Lionel, oui je rajouterais que cette étude fera l’objet d’un rapport complet qui sera bientôt disponible. Par ailleurs, au-delà de ces résultats, ce voyage m’a également permis de passer du temps avec des enfants très attachants, et de rencontrer une équipe d’enseignants compétents, engagés, et attentifs aux besoins des enfants, ce fut un plaisir d’échanger avec eux, et ça me parait une base solide pour assurer la pérennité de ce beau projet.

idf2005

Nosy Komba 2013: nous voilà !

C’est dans moins d’un mois que les premiers membres de l’équipe se rendront cette année encore sur notre déploiement de 200 ordinateurs XO à Nosy Komba, une petite ile isolée au nord de Madagascar.

Et pour cette quatrième année, l’équipe et les ambitions sont plus importants que jamais.

Ainsi ce n’est pas moins de 9 personnes : 5 membres d’OLPC France (dont la moitié du bureau de l’association !) et 4 étudiants de l’ESG qui vont faire le déplacement pour une présence totale sur place de plus de 2 mois.

Quatre thématiques seront traitées:

  • Evaluation,
  • Gestion de parc,
  • Réseaux et XS,
  • Pédagogie.

Evaluation: fort de l’expérience de l’expérimentation de Saint-Denis, nous avons prévu d’évaluer cette année l’appropriation de l’ordinateur par les enseignants et les enfants. Ainsi, pendant presque 1 mois seront menées des observations des séances de cours avec et sans le XO afin de mieux comprendre l’impact de la machine sur les enfants et les enseignants et identifier des pistes d’amélioration.

Gestion de parc: comme chaque année, un rafraîchissement logiciel et matériel de tout le parc sera réalisé. Côté logiciel, il permettra de déployer la dernière version de Sugar, de nouvelles activités (GCompris, un abécédaire, …) avec pour la première fois une image système spécifique OLPC France construite et testée par des volontaires. Côté matériel, nous avons également pour ambition de monter un centre de réparation qui devrait permettre à des intervenants locaux d’assurer la maintenance des machines pendant l’année.

Réseaux et XS: là-aussi une revue complète des équipements sera réalisée et nous remplacerons certains éléments réseaux défectueux après 2 ans sous les intempéries. Nous expertiserons aussi plusieurs dysfonctionnements qui ont rendu la connexion Internet inopérante pendant l’année. Enfin nous continuerons à travailler sur la configuration et l’utilisation du « School Server » (XS).

Pédagogie: faire découvrir de nouvelles activités aux enfants et aux enseignants sera encore une fois l’objectif principal de notre intervention. A travers des classes ouvertes et des réunions avec les enseignants nous ferons en sorte de préparer au mieux les apprentissages de l’année prochaine afin que les enfants tirent le meilleur parti de ces puissants outils que sont Sugar et le XO.

Depuis plusieurs mois déjà, tous les volontaires de l’association redoublent d’activité pour préparer cette nouvelle aventure mais encore une fois notre seule énergie ne suffira pas. Nous avons besoin de dons pour financer toutes ces actions car c’est presque 13 000€ qui sont nécessaires cette année pour financer le projet. Aidez-nous par vos dons ici à poursuivre ce beau projet.

Vos compétences informatiques au service d’un projet humanitaire

Depuis la création de l’association en 2008, c’est plus de 300 enfants qui ont accès ou ont eu accès à l’ordinateur XO régulièrement grâce à OLPC France. Quand on connait les possibilités qu’offre cette petite machine verte et la plate-forme pédagogique Sugar à des enfants, on ne peut qu’être fier des opportunités qu’on leur offre.

Nous débordons d’idées et de projets pour 2013, nous avons donc besoin de volontaires pour nous aider à les mener à bien !

Vous êtes étudiants en informatique et vous voulez mettre votre talent au service d’un projet humanitaire ? Rejoignez l’association OLPC France qui soutient le projet One Laptop Per Child dans la mission d’équiper les enfants défavorisés d’un ordinateur comme outil éducatif. Vous aurez ainsi l’opportunité d’accompagner le déploiement de l’ordinateur XO dans nos projets en France ou à Madagascar.

  • Vous êtes développeur et vous maîtrisez le développement HTML5/JavaScript ou le langage Python et le framework GTK ?
  • Vous êtes spécialisés en systèmes et réseaux et maîtrisez les distributions GNU-Linux et les outils comme Apache, Squid, Jabber ou Moodle ?
  • Vous aimez le hardware et êtes intéressés par la réparation de matériel électronique ?
  • Vous pensez que c’est important de promouvoir des ressources libres dans l’éducation ?
  • Vous êtes simplement curieux et souhaitez approfondir vos connaissances ?

Encadrés par des volontaires et des ingénieurs spécialisés au sein de l’association, vous aurez l’occasion notamment:

  • De développer des nouveaux logiciels pour les enfants de 6 à 12 ans ou pour des enseignants,
  • De mettre en place des serveurs ou des infrastructures réseaux,
  • De participer à des ateliers de démontage et de réparation de l’ordinateur XO,
  • De former des volontaires ou des enseignants sur ces technologies.

Vous pourrez éventuellement intervenir dans une des écoles où nous sommes présents et être accueilli sur notre déploiement sur l’île de Nosy Komba à Madagascar.

Contactez-nous sur contact AT olpc-france.org.

P.S.: Si vous n’êtes pas étudiants ou si vous n’êtes pas informaticien mais que vous voulez participer, vous êtes le bienvenue aussi ;-)

[Nosy Komba] Rapport de déploiement 2012

Alors que l’année 2012 s’achève Laura et Margaux de l’équipe projet Nosy Komba ont finalisés le rapport de déploiement de l’année. Il raconte le long travail de préparation du projet et les actions réalisés sur place.

Un déploiement de l’ordinateur XO est un projet complexe nécessitant de prendre en compte de nombreux facteurs (logistiques, techniques, énergétiques, humains, …).
Pendant les premières années du déploiement de l’ordinateur XO à Nosy Komba, nous avons donc principalement dû consacrer nos actions sur des aspects techniques (machines et logiciels), logistiques (transport) et d’infrastructure (énergétique, internet).
Depuis cette année, nous avons pu concentrer nos efforts sur les enseignants qui sont la clé de la réussite d’un tel projet. Grâce aux apports du projet mené par OLPC France à Saint-Denis, aux observations que nous avons pu réaliser lors de notre visite des déploiements à Haïti et en Jamaïque et aux échanges que nous avons entretenu avec les autres communautés OLPC dans le monde, nous avons mis en place en 2012 des actions spécifiques afin de mieux comprendre et accompagner les enseignants à l’utilisation du XO.
Si un travail important reste encore à faire, les compétences que nous avons observé chez les enfants, la relation de confiance que nous avons établie avec les enseignants et l’accueil que nous avons reçu au collège nous montrent combien nous avons progressés et combien l’ordinateur XO est en train de transformer en profondeur l’éducation à Nosy Komba.
Voilà ce qui nous motive pour la mission Nosy Komba 2013 !

OLPC France en ordre de marche pour 2013

Le 13 octobre 2012 a eu lieu la 4ème assemblée générale de l’association OLPC France.

Un bilan moral et financier ont été présentés par le président et le trésorier et les membres ont renouvelé leur confiance au bureau. Voici les quelques points marquants évoqués lors de l’assemblée générale.

L’année 2011 avait été l’occasion de projets marquants: WiFi à Nosy Komba, 2ème SugarCamp, finalisation des projets Nutrino et A toi de jouer. Dans l’euphorie de la précédente assemblée générale, il était difficile d’imaginer que l’année 2012 puisse être plus intense !

Pourtant de nombreux faits marquants ont montré plus que jamais la motivation et l’énergie des membres de l’association:

  • Un nouveau site web qui est une belle vitrine pour nos actions et une page Facebook très active,
  • De nouveaux partenaires: Lyoness Child & Family Foundation, Fondation Telma et ASML qui nous apportent les ressources pour faire nos projets.
  • Le lancement d’une expérimentation à Saint-Denis qui voit pour la première fois un déploiement d’ampleur du XO en France,
  • Une action plus intense que jamais sur le projet Nosy Komba,
  • Une augmentation significative des stocks de XO,
  • Une équipe de traduction ayant mené la première traduction du Guide de déploiement et qui travaille à la traduction d’un des livres majeurs sur le déploiement en Uruguay,
  • Les importants travaux pour réaliser de nouveaux contenus,
  • Une présence plus que jamais active auprès des communautés avec la visite des déploiements Haïti et Jamaïque et la venue des représentants d’autres déploiement à Nosy Komba.

Pour 2013, l’objectif sera d’optimiser encore les actions de l’association pour capitaliser sur notre expérience et rendre notre action plus « industrielle » notamment sur le recrutement de nouveaux volontaires, la capacité à mener des nouveaux déploiements et la réalisation de nouveaux contenus. C’est tout le mal qu’on puisse nous souhaiter !

Côté financier, grâce à nos nouveaux partenaires et à plusieurs dons privés, les recettes ont significativement augmenté cette année. Les frais récurrents étant maîtrisés, l’association dispose d’une trésorerie positive qui nous permet d’envisager le lancement de nouveaux projets en 2013.

Le détail des votes et quelques photos sont disponibles ici.

Si vous êtes intéressés et voulez participer à l’aventure, vous êtes le/la bienvenu(e) !