Comment les enseignants et les enfants s’approprient-ils les XOs en classe à l’école primaire ?

Le XO dans la classe à Saint-Denis

Une étude réalisée à Saint-Denis (ïle de France), 2012 – 2014

Le projet OLPC a soutenu de nombreux programmes de déploiement d’ordinateurs pour enfants à travers le monde. Les évaluations réalisées montrent notamment que les enseignants et l’entourage de l’enfant ont un rôle à jouer pour favoriser le développement d’usages autonomes et créatifs des ordinateurs portables de type XO. Comme le rappelle Yarosh [Yarosh et al. (2011)], « an entire social ecology needs to be in place for the child to successfully learn and connect« .(« la présence d’un écosystème social complet doit être en place pour que l’enfant réussisse à apprendre »).

Comment les enseignants s’approprient-ils les XOs pour en proposer un usage pédagogique à leurs élèves ?

S’approprier une technologie, la faire sienne, l’intégrer à ses pratiques quotidiennes, semble être un processus lent et progressif, qui passe par de multiples explorations des utilisations possibles des ordinateurs, des adaptations, etc. Qu’en est-il des classes mobiles composées d’ordinateurs portables ?

Pour observer et analyser ce processus dans la durée, nous avons conduit une étude pendant 2 ans et demi (janvier 2012-juin 2014) dans une école de St-Denis, aux portes de Paris.

Résultats

Introduction de la classe mobile: des transformations non anticipées

Les XO ont d’abord été utilisés par les enseignants pour remplacer certaines activités classiquement réalisées sur feuille (calcul mental, géométrie, production d’écrit) en vue de proposer des activités plus motivantes pour les élèves avec des applications susceptibles d’être plus adaptées à leurs besoins.

Découverte de la symétrie avec Dr Geo

Pour mettre en œuvre ce projet, les enseignants ont dû faire face à des contraintes organisationnelles nouvelles (déplacement, chargement) qui leur demandaient une réorganisation de la préparation de leur activité.

Au-delà de la préparation, l’observation des séances a montré que l’introduction des XO transformait toutes les dimensions de leur activité en classe (mise en place des situations d’apprentissage, gestion de la classe) ; ces transformations n’avaient pas été anticipées et ont été plus ou moins bien vécues. Néanmoins, l’attitude des enfants et leur implication importante dans les activités a motivé les enseignants à dépasser ces contraintes.

A l’issue de cette première phase, tous les enseignants étaient très enthousiastes !

Utilisation des XO dans la durée : deux trajectoires d’appropriation différentes

Durant la deuxième année, 7 enseignants ont souhaité participer au projet. Au cours de l’année, ils ont adopté deux attitudes différentes vis-à-vis du XO et deux trajectoires d’appropriation distinctes.

La majorité des enseignants ont exploré différentes activités des XO dans des disciplines diverses en s’appuyant sur les formations proposées. Ces explorations les ont parfois conduits à constater un écart avec leurs attentes, ce qui les a conduits à explorer d’autres directions. A chaque nouvelle exploration, les gestes professionnels habituels étaient remis en question, ce qui demandait une adaptation des séances proposées. C’est pourquoi les enseignants ont choisi de restreindre leurs explorations à un petit nombre de disciplines bien maitrisées. L’une d’entre elles a par exemple consisté en la réalisation d’une planche de manga avec fototoon (cf. précédente note de blog).

L’un des enseignants a choisi une autre stratégie. Il a utilisé une seule activité (tuxmaths, application proposant du calcul mental sous forme ludique), mais pendant plusieurs. Cette utilisation au fil de l’année scolaire lui a rapidement permis d’organiser son activité de façon très stable et de concentrer son attention sur l’apprentissage des élèves plutôt que sur la prise en main de l’ordinateur et de l’application.

Différents facteurs qui influencent positivement ou négativement l’appropriation

Au fur et à mesure de l’utilisation différents facteurs ont influencé positivement ou négativement le processus d’appropriation

Facteurs positifs. La formation proposée aux enseignants, la conception collective de scénarios pédagogiques et la dynamique d’équipe positive présente dans l’école ont motivé les enseignants à tester de nouveaux usages et à persévérer. On perçoit ici l’importance de la dimension sociale de l’appropriation.

L’attitude très positive des élèves face à la classe mobile (motivation, engagement, émulation, fierté devant le résultat produit) ainsi que les progrès observés sont également des facteurs qui facilitent l’appropriation.

Facteurs négatifs. En revanche de multiples contraintes freinent les usages des XO en classe. Il est à noter que ces facteurs évoluent au cours du temps :

  • Lors de l’introduction de la classe mobile, les facteurs principaux semblent être les contraintes logistiques (déplacement, chargement) mais aussi les perturbations de l’activité de l’enseignant.
  • Dans un second temps, les enseignants trouvent des solutions aux contraintes logistiques mais sont affectés par le manque de fiabilité de certaines applications. Ceci peut conduire l’enseignant à perdre le contrôle de la séance. Le manque de compétence technique peut accentuer cette sensibilité aux aléas et autres problèmes techniques. Des tensions temporelles entre les multiples tâches que doivent gérer les enseignants freinent également leur investissement.
  • Dans un troisième temps, les enseignants qui continuent à utiliser le XO souhaitent mettre en place des utilisations plus ambitieuses (collecte de données sur le terrain, puis réalisation d’analyse, de recherche d’information, de documents) mais un ensemble de contraintes techniques et des problèmes d’interopérabilité (fiabilité de la connexion wifi, absence de serveur pour gérer l’ensemble des ordinateurs, impossibilité d’imprimer, etc.) limitent les possibilités d’action.

Ces différentes contraintes conduisent progressivement les enseignants à utiliser les XO pour des enseignements disciplinaires spécifiques, à réinvestir la salle multimédia pour des projets plus globaux, impliquant de la recherche d’information ou la production de documents multimédias ou à renoncer à certains projets.

Réfléchir collectivement à des solutions

En conclusion, Le processus d’appropriation des XO est lent, il s’inscrit sur plusieurs années. Un ensemble de facteurs influence ce processus au cours du temps, et oriente les choix des enseignants et les usages proposés aux élèves.

L’accompagnement proposé aux enseignants et l’existence d’un collectif d’enseignants dynamiques et impliqués semblent être essentiels à la réussite du projet. Cet accompagnement doit avoir lieu lors de l’introduction de la classe mobile, mais aussi régulièrement ensuite, afin de permettre aux enseignants d’identifier les freins à l’utilisation et de réfléchir collectivement à des solutions.

Néanmoins, des contraintes techniques et « écosystémiques » freinent les usages. Pour que les enseignants puissent les dépasser il est important de mettre à leur disposition non seulement un ordinateur et des applications appropriées aux besoins des enfants, mais aussi un éco-système adapté aux besoins des enseignants, aux différentes facettes de leur activité. Ainsi, il s’agit non seulement de fournir des technologies supports aux apprentissages individuels, mais aussi de veiller à instrumenter la dimension collective de l’apprentissage à travers le suivi de l’activité des enfants, la gestion de leurs productions, et surtout le partage collectif de ce qui est réalisé par chacun.

Pour en savoir plus…

Rapport de l’étude : Nogry et al. (2015). Appropriation d’une classe mobile à l’école primaire : étude de cas durant 2 ans et demi à St-Denis. Rapport de recherche – Université Paris 8.
Rapport complet
Rapport synthétique

A lire aussi Decortis F. (2015). L’ergonomie orientée enfants. PUF

Partenaires du projet

Ce projet est est réalisé par Sandra Nogry MCF en Pyschologie des apprentissages (laboratoire Paragraphe, Université Cergy-Pontoise) et Françoise Decortis, Professeure en ergonomie, (Equipe C3U, Laboratoire Paragraphe, Université paris 8).
Il est financé par la région île de France (Projet PICRI) et soutenu par l’association OLPC-France avec le soutien de la fondation Lyoness Child and Family.

Pour toute information complémentaire vous pouvez contacter Sandra Nogry

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Analyse des backup: statistiques sur l’utilisation des ordinateurs XOs à Nosy Komba

Ce billet retrace les méthodes et résultats préliminaires de l’analyse des sauvegardes/backup réalisés depuis 2010 sur les ordinateurs XOs déployées à Nosy Komba par l’association OLPC France. A l’heure où la question des usages (parfois appelée Learning analytics) intéresse la communauté OLPC mais également Orange Labs et d’autres centres de recherche, OLPC France s’est lancé dans un vaste projet de back up des informations provenant des XO et d’analyse des donnée. A ce jour, des données sont disponibles sur quatre années consécutives depuis 2010.

Des statistiques sur l’utilisation des XO : pour quoi faire ?

L’utilisation des ordinateurs à l’école suscite de nombreuses interrogations mais reste relativement peu étudiée dans l’enseignement primaire et dans les pays en développement. Dans toutes les évaluations et études sur l’usage des ordinateurs à l’école, on ne sait généralement pas quels logiciels sont déployés, ni quels logiciels sont effectivement utilisés par les élèves.

Dans un article publié sur le site OLPC San Francisco, Sameer Verma fait le point sur les différents déploiements s’intéressant à la question des statistiques sur l’usage des XO, en notant l’existence d’un groupe de travail sur ces questions. On notera ainsi que les équipes du Paraguay, de Jamaïque, du Népal et d’Inde ont mis en œuvre des procédures permettant d’extraire des métadonnées. Il est possible grâce à une application Sugar–XO-stats de visualiser les données sur l’utilisation des XO. Voir le Sugar stats project. Tous ces déploiements utilisent les données du Journal Sugar où sont répertoriées les activités utilisées par les élèves.

La question est de savoir ce que font les élèves avec le XO. Le travail vient en complément des analyses qualitatives essentiellement basées sur les rapports des volontaires et observations en classe réalisées par Sandra Nogry dont plusieurs résultats ont été publiés sur le blog de l’association OLPC France ou dans la revue Frantice.

Procédure d’extraction des données

L’analyse se base sur les traces et fichiers produits par les élèves (notamment multimédia).Kevin Raymond a mis au point une nouvelle méthode pour exporter le journal et autres données utiles à des fins d’analyse. Le script se nomme dobackup.sh et doit être adapté à chaque nouvelle version de Sugar. Copiez ce fichier sur votre clé USB et rendez-le exécutable. Pour réaliser le back up du XO, vous devez faire tourner le script depuis le XO (activité Terminal ou un virtual shell).

Le programme va :

  • Créer un dossier séparé pour chaque backup/ordinateur (à l’aide du numéro de série)
  • Compresser le journal (/home/olpc/.sugar/default/datastore)
  • Sauvegarder le nom du XO dans un nouveau fichier
  • Copier le répertoire Gnome

Le script est disponible ici : https://git.sugarlabs.org/jparse/jparse/trees/master

Grâce au listing d’élèves et l’enregistrement d’un pseudo (nickname) et parce que pour certaines années les back up étaient organisées par classe, il est possible d’obtenir quelques informations sur les caractéristiques des élèves notamment le genre et le niveau scolaire.

Qualité des données

Les données souffrent d’un certain nombre de limites et ne permettent pas de répondre à toutes les questions de recherche. Jusqu’en 2014, les backup n’ont pas concerné tous les ordinateurs ni toutes les activités. Ensuite, comme les enfants travaillent en groupe et que les fichiers peuvent s’échanger entre élèves, il n’est pas possible d’attribuer strictement le contenu d’un XO à un seul élève. De plus, les XO changent de main d’une année à l’autre (même en cours d’année).

Si les données produites souffrent de diverses limites et nécessitent un travail minutieux de traitement et de vérification (notamment des dates), elles semblent dans l’ensemble être valides car reflétant la situation observée sur le terrain et documentée dans des rapports.

Méthodes d’analyse

Les outils d’évaluation des acquis scolaires (tests) et de l’analyse des curricula (programmes scolaires et pratiques en classe) peuvent être conceptuellement mis en œuvre dans le cadre de l’analyse des backup. Comme le suggère Bender & Urrea, il y a un certain nombre d’activités pour lesquelles on attend une réponse positive de l’élève (expected use) et pour lesquelles les élèves répondent effectivement ou non (real use). Les élèves sont donc stimulés à travers des activités et leurs réponses peuvent s’interpréter de la même manière que les réponses à un test.

L’analyse des corrélations entre activités montre que l’usage des activités est bien révélateur d’un comportement latent et non le fruit du hasard. L’Alpha de Cronbach qui mesure la manière dont les activités sont utilisées les unes avec les autres (corrélations) est égale à 0,74 en 2012, soit supérieur au seuil de 0,7 généralement retenu en psychologie pour pouvoir caractériser un comportement à partir de réponses à des stimuli ou à un test.

On mesure trois dimensions principales dans l’utilisation des activités : la variété des usages, l’intensité de l’utilisation et la fréquence/régularité. On pourrait aussi introduire l’autonomie et la créativité mais qui se mesurent mieux à travers les méthodes qualitatives (analyse des productions des élèves).

Pour être interprétées correctement, quelques informations contextuelles doivent être collectées en complément des données tirées des backup. Le niveau scolaire (CP à CM2) est prépondérant car il donne une indication sur l’âge, les enseignants dans l’école (qui ont des niveaux de formation et d’expérience avec le XO différents), les capacités cognitives de l’élève, ses capacités de lecture et également la durée de l’expérience de l’élève avec le XO. Les données collectées concernent à la fois des activités Sugar et des fichiers standards (jpeg, ogg.) et permettent également d’analyser les usages de Gnome (en dual boot avec Sugar).

Quelques résultats préliminaires

Les activités les plus utilisées en moyenne sur les trois ans sont : Ecrire , Speak, TamTam, Photo, ODF (Fichier), Enregistrer, Video, Implode, Fototon, Calculate, Word, Libray-OLPC (dossier ebooks), Calculate et Etoys. Elles sont utilisées par plus de 75% des élèves.

Polar chart Activités utilisées par les élèves à Nosy Komba

Source : OLPC France, backup de 2011 à 2013

Les données sont relativement stables dans le temps avec des pourcentages d’utilisation des activités qui ne varient pas beaucoup d’une année à l’autre. Les activités qui sont utilisés le plus intensément (le plus grand nombre de fois par élève) sont Memory, Video, Enregistrer, Photo, Word et Speak. Elles sont utilisées plus de vingt fois en moyenne par élève au cours de l’année. L’examen des écarts type et minimum-maximum montrent une grande dispersion dans l’intensité avec des élèves qui sont très actifs et d’autres qui ne le sont presque pas.

Globalement, les XO sont régulièrement utilisés et cela même en dehors des périodes de présence des volontaires. On remarque également que les pics d’utilisation dans la semaine sont souvent le mercredi, jour d’utilisation par les CM1-CM2, la classe la plus importante (60 élèves) et le vendredi après-midi, demi-journée libre pour les enfants. Les XO sont utilisés en dehors de l’école.

Les CP n’utilisent pas les activités qui requièrent un minimum de compétences en lecture/écriture telles que pdf, GCompris et chat. Les cours moyens utilisent davantage les livres numériques et l’activité Madagascar et pdf mais moins Turtle. Les filles et les garçons utilisent différemment le XO ce qui confirme les observations faites en classe. Les filles utilisent davantage Turtle, Calculate, Chat et Fototon. Ces résultats sur le genre rejoignent ceux d’autres études menées notamment par Orange Labs sur l’utilisation de tablettes au Niger, avec une plus grande propension des filles à l’utilisation d’activités de communication.

L’analyse en composantes principales permet de regrouper les activités en plusieurs dimensions/axes et de représenter les variables et les individus dans un même plan dit factoriel. On distingue deux axes, le premier axe vertical est constitué des activités soit promues en classe (memorize, Gcompris), soit nécessitant un minimum de compétences en lecture/écriture (rtf, pdf, epub) ou encore relativement proches du programme scolaire. Le second axe (horizontal) est constitué des activités moins scolaires et plus ludiques ou multimédia (speak, png, fototon, ogg) ou des activités qui s’écartent du programme scolaire dans leur contenu ou dans leur présentation. Le comportement des élèves selon ces deux dimensions est intimement lié à leur niveau scolaire avec des comportements nettement différents entre élèves du primaire et du collège.

En 2012, 81 % des élèves utilisent Gnome. Les principaux fichiers sur Gnome sont des fichiers vidéo, audio et des images. La moyenne de photos par élève est de 91 photos, ce qui est relativement important. La moyenne de vidéos visualisées est de 22 vidéos et de 13 fichiers HTML. Les élèves aiment beaucoup s’échanger des vidéos et morceaux de musique malgache ou internationale.

A venir

Ces analyses sont actuellement répliquées sur les données 2014 qui couvrent un plus grand nombre d’ordinateurs et d’activités (notamment celles qui ont été développées par l’association). En 2014, des tests de lecture ont été administrés sur un échantillon d’élèves de Nosy Komba afin de mieux mettre en relation compétences en lecture et utilisation du XO. Les résultats seront présentés dans un prochain billet avec également les programmes d’analyse sur le logiciel libre R. Il serait également souhaitable d’encourager les échanges entre déploiements : dans quelle mesure les usages varient-ils selon les contextes locaux et les logiciels déployés? Y a t’il des différences entre déploiements à large échelle avec des échanges formalisés entre enseignants et une communauté de soutien et les petits déploiements ? Pour pouvoir comparer, encore faut-il qu’un tronc commun d’applications soit déployé par défaut sur Sugar, qu’on définisse des métriques communes et des gardes fous déontologiques sur l’utilisation de ces données individuelles. Là encore, les travaux peuvent être empruntés à la psychométrie et aux standards de l’APA (American Psychological Association) qui posent un certain nombre de jalons sur les expérimentations et tests en milieu scolaire, sur la validité des mesures et leur utilisation à des fins scientifiques. Si beaucoup de chemin reste encore à parcourir, les retombées potentielles en termes scientifiques ou opérationnels sont nombreuses.

Pour davantage de résultats et données, vous pouvez consulter ce pdf en anglais XO stats version avec 3 parties ou regarder la vidéo du Sugar Camp (avril 2014) en anglais, avec des échanges avec la communauté OLPC sur ces questions.

[Nosy Komba] Nos actions en 2014

Nous avons peu communiqué cette année sur le projet Nosy Komba. Comme chaque année il a pourtant fortement mobilisé l’énergie des volontaires de l’association. Voici un bilan synthétique des actions réalisées.

Entre mai et août 2014, ce sont pas moins de 14 personnes qui se sont succédées à Nosy Komba en 4 équipes successives. C’est la plus grosse participation depuis le début du projet en 2009.

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Les actions de ces volontaires se sont orientés sur 5 axes:

  • Hardware,
  • Contenus,
  • Réseau,
  • Pédagogie,
  • Etude.

Hardware

La partie Hardware a consisté essentiellement en la maintenance du parc. Comme chaque année l’objectif était de réaliser l’inventaire, d’effectuer des réparations et de mettre à jour les machines. Suite au travail de formalisation réalisé l’année dernière, l’action s’est pour une fois déroulée sans stress et nous avons pu valider que le processus mis en place semble efficace.

Autre partie importante de nos actions sur le matériel, nous avons fait l’acquisition et apporté sur place 25 nouveaux ordinateurs XO 1.5. Beaucoup d’ordinateurs à Nosy Komba ont en effet 5 ans et malgré les réparations successives nécessitent maintenant d’être remplacé, c’est ce que nous avons prévu de faire progressivement.

nk2014_2Enfin, nous avons déployés cette année 40 mini souris pour pallier aux dysfonctionnements réguliers du touchpad des XO les plus anciens. Il ne s’agit pour l’instant que d’une expérimentation, nous devons nous assurer de la résistance et du bon usage de ce nouveau matériel.

Contenus

Les mises à jour du parc réalisées chaque année nous permettent de déployer sur les ordinateurs des enfants de nouveaux contenus. Cette année, grâce à un partenariat avec l’éditeur Square Igloo, de beaux e-book colorés ont été intégrés dans la bibliothèque numérique des ordinateurs. Nul doute qu’ils seront les succès de lecture de cette année.

Qu'est ce qui est jaune ?Nos amis de San Francisco ont également partagés avec nous des livres numériques Malgaches destinés à sensibiliser les populations locales à la protection des lémuriens qui sont d’ailleurs une des attractions touristique de l’île de Nosy Komba. Ces livres ont également été intégrés dans la bibliothèque des enfants.

Protéger les LémuriensEnfin,  Alan Jhonn Aguiar Schwyn a développé pour nous une application d’apprentissage de la géographie de Madagascar. Basée sur le moteur de la fameuse activité Conozco Uruguay qui fait le bonheur des enfants de l’autre côté de l’océan Atlantique, l’activité permet par des quizz de découvrir, régions, villes et fleuves de Madagascar.

A la découverte de Madagacar

Réseau

Action réseau majeure cette année, la rétrocession à l’opérateur téléphonique Telma d’une partie du réseau WiFi Internet longue distance que nous avons monté en 2011. Cette rétrocession, rendue possible par notre partenariat privilégié avec la Fondation Telma permet de garantir la pérennité et la maintenance du réseau par des experts et nous permet de nous concentrer sur l’usage d’Internet à l’école.

Xavier en haut de Nosy Komba avec TelmaUne action importante menée par les étudiants de Telecom Paris Tech présents en juillet a été l’installation d’un téléphone IP dans le local serveur. La communication avec les équipes locales étant bien entendu rendu difficile et coûteuse par la distance avec la France, ce téléphone nous a permis d’effectuer des points fréquents pendant la présence des volontaires et facilitera également le déroulement des prochaines missions.

Test de la téléphonie IPEnfin, l’équipe ParisTech présente en août a expertisé les dysfonctionnements du câble Ethernet qui avait été enterré dans le village l’année dernière. Malgré les réparations de fortune qu’ils ont effectuées il semble néanmoins qu’il ait été rompu à plusieurs endroits et qu’il ne puisse être utilisé.

Expertise des cables

Pédagogie

La présence de Sandra à nouveau cette année pendant plusieurs cette semaine lui a permis d’organiser plusieurs séances de travail avec les enseignants. Cela a permis de former les nouveaux enseignants à l’utilisation de Sugar et du XO, cela a également permis d’avoir une réflexion plus globale avec eux sur l’usage de l’ordinateur dans la classe. Cela a notamment abouti à un programme d’utilisation matière par matière, classe par classe, qui pourra être suivi par les enseignants pendant l’année.

Scéance de travail avec les profsLes enseignants ont également exprimés leur souhait d’utiliser le XO pour améliorer l’apprentissage de la lecture et du Malgache. Pour cela, Sandra leur a mis à disposition différents manuels Franco Malgache proposés par l’IFADEM intégrant à la fois des contenus écrits et audio qu’ils pourront utiliser sur le XO.

Manuels IFADEM MalgacheEnfin, les étudiants de Telecom ParisTech ont expérimentés cette année de classes ouvertes de Scratch. A l’heure où la question de l’apprentissage du code à l’école se pose en France, les enfants de Nosy Komba ont pu la mettre en pratique dans 4 classes ouvertes menées par Mélissa et Maëva avec les enfants les plus grands. Cette expérience riche d’enseignement nous a permis d’appréhender concrètement les difficultés de ce genre d’apprentissage.

En classe ouverte de Scratch

Etude sur l’usage

Depuis la première année, notre obsession est de nous assurer de l’intérêt du déploiement à Nosy Komba pour l’apprentissage et l’éducation des enfants. L’année dernière a été une première étape importante dans cette compréhension avec le rapport de Sandra sur les usages du XO sur place. Cette année Sandra a approfondi ses travaux en étudiants les usages du XO en dehors de la classe. Ont été menés notamment des observations et des interviews individuels avec les enfants. Grâce au travail de Pierre, des tests de lecture ont également été réalisés afin d’établir le niveau de lecture des enfants dans les différentes classes.

Les enfantsEnfin, les backup de 135 XO sont en cours d’étude afin de compléter et de croiser les observations réalisées.

 

C’est donc encore une année riche d’actions et de résultats pour le projet Nosy Komba. Nul doute que l’année qui démarre le sera également.

Une nouveau projet OLPC France à Saint-Ouen

Depuis la rentrée des classes, OLPC France a déployé 25 XO 4 dans une école à Saint-Ouen (93) au nord de Paris. Dans ce billet, Sandrine l’enseignante en charge du projet nous explique l’objectif et le contexte de cette expérimentation.

Après avoir participé à la première expérimentation à Saint-Denis sur une classe de CP, j’ai l’opportunité de renouveler l’essai sur une classe de CE1 à l’école Mandela de Saint Ouen, en tant qu’enseignante spécialisée. En effet, je prends pour l’instant la classe pour lancer le projet, espérant motiver l’intégration future sur d’autres niveaux, au moins pour cette année.

Depuis le début de l’année, je collabore avec une enseignante afin d’intégrer l’informatique aux apprentissages de la classe. Pour cela, je prends en main la classe au moins 45 minutes par semaine, dans le but de les former à l’utilisation de l’outil. Les 23 élèves de la classe de CE1 cohabitent déjà depuis quelques années avec le matériel informatique, les classes de l’école étant fournies en vidéoprojecteurs et en ordinateurs « de fond de classe ». Cela n’a pas empêché l’émerveillement lors de l’arrivée de l’armoire, et l’impatience était plus que flagrante.

Les XO-4 sont làLa classe utilise donc les XO en ma présence au moins une fois par semaine : D’abord en découverte simple par binômes, puis articulées en fonction des apprentissages visés où chacun avait son propre XO. Depuis le dernier mois, la classe s’entraine à utiliser l’activité Ecrire, en vue de créer un livre de vie articulé autour du projet piscine conduit par l’enseignante référente de la classe.

Les consignes pour l'activité EcrireC’est ainsi que j’ai pu constater les mêmes problématiques rencontrées à Saint Denis, mais il était important pour la classe et moi-même de palier à ces difficultés et d’en faire un apprentissage à part entière. Lors de chaque séance, nous faisons un bilan de ce qu’ils ont appris et des difficultés rencontrées. Ce bilan me permet de faire un affichage en mis classe dès la séance suivante, afin d’aider aux mieux les élèves qui en ont besoin :

  • Les questions et problèmes de chacun sont notés au tableau.
  • Ceux qui ont trouvé la solution apportent la réponse au groupe, ce qui est aussi noté au tableau.
  • L’ensemble des élèves vérifie la proposition en faisant simultanément la manipulation (combinaison de touches par exemple).
  • Le tout est écrit ensuite écrit sur une affiche et mis au mur pour les séances à venir.
  • Si besoin, les affiches sont complétées lors des séances suivantes.

Cette organisation permet d’enrôler chacun d’eux dans l’activité, car tous attendent des réponses pour pouvoir créer leur document.

Description du clavier du XO

Une fois le traitement de texte maîtrisé, ils apprendront à y insérer des photos prises lors du projet piscine. Chacun pourra choisir ses photos, les légender et les commenter et être autonome pour la constitution du livret de projet, qui sera imprimé en fin d’année.

Le retour de TuxmathLa même organisation est mise en place pour l’activité Tuxmath, qui a commencé cette semaine par une découverte par ateliers. Les élèves ont été ravis de pouvoir réviser le calcul mental, tout en s’amusant. Dès la fin de semaine, nous ferons ensemble l’affichage d’aide pour ceux qui pourraient en avoir besoin, lors de travail autonome avec l’enseignante référente. J’espère pouvoir initier de nombreuses autres activités dans l’année qui seront ensuite reprises en mon absence.

Le SugarCamp #3 comme si vous y étiez

Inscrivez-vous au SugarCampEn avril dernier se tenait le SugarCamp #3. Pendant 2 jours OLPC France était le centre du monde pour le projet OLPC et pour Sugar. Pour ceux qui n’ont pas pu être présents ou ceux qui veulent revivre l’événement, sachez que toutes les sessions sont disponibles en vidéo.

Les différents liens ci-dessous. Bon visionnage.

Opening Keynote Walter Bender
Opening Keynote Walter Bender (31:06)

Learning number with the XO: Mundurucu project
Learning number with the XO: Mundurucu project (57:58)

Teachers engagement in technology
Teachers engagement in technology (51:14)

The implementation of Plan Ceibal: an example of New Public Management in Uruguay
The implementation of Plan Ceibal: an example of New Public Management in Uruguay (52:09)

Data analysis: learn from 100 XO in Nosy Komba during 3 years
Data analysis: learn from 100 XO in Nosy Komba during 3 years (59:37)

Beyond OLPC and Sugar
Beyond OLPC and Sugar (38:07)

Enseignement de l'informatique à l'école ?
Enseignement de l’informatique à l’école ? (01:03:18)

Opening Keynote Manuel Quiñones
Opening Keynote Manuel Quiñones (36:47)

GCompris to reborn itself in Qt Quick
GCompris to reborn itself in Qt Quick (50:31)

Sugarizer: what if Sugar could be on every device ?
Sugarizer: what if Sugar could be on every device ? (01:01:53)

Let's Downscale the Semantic Web!
Let’s Downscale the Semantic Web! (29:21)

What about Open webOS for the XO ?
What about Open webOS for the XO ? (24:36)

Vikidia, a counterpart of Wikipedia for children
Vikidia, a counterpart of Wikipedia for children (53:52)

Basic Educational Resources Needed for Innovative Education (BERNIE)
Basic Educational Resources Needed for Innovative Education (BERNIE) (59:12)

Coding Goûter
Coding Goûter (05:20)

Les 5 principaux usages des XO à Nosy Komba

Retours sur la recherche conduite en mai 2013. Projet OLPC à Nosy Komba : quels usages des XO 4 ans après le lancement du projet ?

Depuis 2009, l’association OLPC France est en charge d’un projet éducatif dans un village au nord-ouest de Madagascar. Fondé sur les principes du projet OLPC, ce projet répond à des enjeux contemporains : réduire la fracture numérique, leur donner accès à des connaissances et des ressources nouvelles, favoriser la mise en œuvre d’un apprentissage constructionniste et développer l’autonomie des enfants, leur initiative, leur créativité.

En mai 2013, nous nous sommes rendu à Nosy Komba afin d’analyser les usages de ces ordinateurs quatre ans après leur introduction dans le village par OLPC France en partenariat avec l’association Gducoeur.

Les premières observations réalisées lors de ces trois semaines sur place nous ont rapidement permis de mettre en évidence un ensemble de facteurs déterminants pour l’utilisation des ordinateurs. Le premier d’entre eux, déjà bien identifié dans d’autres projets, était l’électricité, et en particulier l’approvisionnement en essence pour le groupe électrogène.

Au-delà de ces premiers constats, l’observation de l’ensemble des séances de XO réalisées à l’école (qui se déroulent l’après-midi après la fin des cours), et des observations informelles des enfants en dehors de l’école ont permis de mieux comprendre les usages des XO d’abord en classe, puis en dehors de l’école.
A l’école primaire, l’étude montre que les usages des XO s’inscrivent dans la continuité des enseignements mis en place ; ils sont utilisés pour enseigner et faire travailler les élèves sur différents savoirs et compétences en complément des cours faits en séance « ordinaire ». Ainsi, du point de vue des enseignants, l’utilisation de l’ordinateur doit favoriser les apprentissages fondamentaux, favoriser la maîtrise de la langue (notamment l’écrit) et permettre aux enfants d’avoir accès à d’autres ressources connaissances.

Cinq types d’usage des XO en classe peuvent être distingués :

  1. L’ordinateur portable : un objet d’apprentissage
    Certaines séances ou parties de séances avec ordinateurs sont consacrées à l’apprentissage de l’utilisation de l’ordinateur lui-même. Pour les CP1 (6 ans), qui n’ont pour la plupart jamais vu d’ordinateur et qui découvrent également l’écrit, il s’agit d’abord de découvrir comment allumer un ordinateur, le clavier (position des lettres, reconnaissance des lettres et des chiffres), puis le traitement de texte. Dans les classes de CP2 et CE, il s’agit de la découverte des fonctionnalités principales de l’ordinateur, et du traitement de texte. En CM, la plupart des élèves ont déjà utilisé l’ordinateur auparavant, aucun cours ne porte explicitement sur son utilisation.
  2. En classe avec le XO

  3. L’ordinateur portable : un cahier de substitution
    Dans toutes les classes, l’ordinateur est utilisé dans certaines séances comme cahier de substitution (dans 25% des séances en CP et CE, dans plus de 50% des séances en CM). Il peut être utilisé pour des finalités variées :
    – recopier une leçon écrite au tableau (objectif : écriture (attention à l’orthographe et à la syntaxe), utilisation un traitement de texte) (CP1 et 2),
    – réaliser un exercice de vocabulaire (objectif : compréhension du vocabulaire en français, entrainement à l’écriture, utilisation du traitement de texte) (CP2, CE)
    – répondre à des questions visant à évaluer la compréhension d’un cours (objectif : maitrise des connaissances en histoire, production d’une réponse individuelle à l’écrit, utilisation du traitement de texte) (CM)
  4. L’ordinateur portable : un support à des séances d’entrainement et de révision ludique
    Le XO propose un ensemble de jeux ludo-éducatifs destinés à favorisés l’apprentissage. Parmi ces jeux, les enseignants utilisent parfois tuxmaths, un jeu destiné à travailler le calcul mental, et Gcompris – qui propose différents jeux sur la reconnaissance des nombres et l’arithmétique – pour proposer des entrainements individualisés aux mathématiques. Suite aux formations assurées par les volontaires, ils utilisent également memory pour proposer des exercices de révision. Cette application, personnalisable permet de créer des paires de cartes correspondantes à retrouver ensuite.
  5. L’ordinateur portable : des ressources à disposition de la classe
    Différentes applications disponibles sur le XO sont utilisées comme ressources pour apprendre. Il s’agit notamment des outils de mesure (non disponibles dans la classe), de l’application clock, qui permet d’apprendre à lire l’heure, ou de wikipedia. Une application Madagascar a également été conçue spécifiquement pour ce déploiement. Elle permet d’accéder à des cartes, des photos ou des articles sur l’histoire, la géographie, la faune, la flore, etc. Elle est utilisée par les enseignants de CP2 et de CM pour avoir accès à des ressources documentaires (en histoire, géographie, sciences) non accessibles autrement, et pour apprendre aux élèves à utiliser ces ressources.
  6. L’ordinateur portable : un support favorisant des activités d’expression
    Enfin l’ordinateur est utilisé dans des activités d’expression, soit pour travailler l’expression orale, soit pour travailler l’expression personnelle à travers des activités créatives (dessin, réalisation de roman-photo, musique).
  7. Roman photo en anglais

Si les activités proposées s’inscrivent dans la continuité des pratiques en classe, l’utilisation des XO, de par les contraintes qu’elle impose, infléchit les pédagogies mises en place. Dans toutes les classes on observe une individualisation du travail proposé, et un temps plus important accordé aux enfants pour réfléchir, s’exercer, répondre par eux-mêmes, etc. Pour trois des quatre enseignants de l’école primaire, on observe également qu’ils proposent une aide plus personnalisée aux élèves (aide technique, mais aussi relative aux réponses des élèves). Enfin, dans deux séances observées, une pédagogie d’inspiration constructionniste (Harrel et Papert, 1991) a été mise en oeuvre. Les enfants sont invités à mettre en œuvre des savoirs travaillés en cours pour produire par eux-mêmes un document tangible, partageable.
Ainsi, si l’utilisation du XO à l’école ne transforme pas radicalement les modes d’enseignement et d’apprentissage, le XO conduit néanmoins à un apprentissage plus personnalisé, et offre ainsi aux enfants la possibilité d’être plus autonomes dans leurs apprentissages.
En dehors de l’école, les activités favorites des enfants avec les XO sont la prise de photo, l’enregistrement de vidéo et les jeux. Certains utilisent également gnome pour stocker et visionner des images, des vidéos, ou écouter de la musique qu’ils ont préalablement enregistré grâce à l’activité enregistrer.

Fond d'écran surprenant sous Gnome
Ces premières observations informelles sur les usages quotidiens du XO par les enfants méritent d’être mises en perspective avec les données obtenues grâce aux backups ; un travail avec Pierre Varly est en cours à ce sujet. Une étude complémentaire devra également être faite afin de faire une analyse plus systématique de ces usages en relation avec les activités des enfants dans leur vie quotidienne.

Pour en savoir plus :

Cette recherche a été conduite par Sandra Nogry, MCF en Pyschologie des apprentissages (laboratoire Paragraphe, Université Cergy-Pontoise) en collaboration avec Françoise Decortis, Professeure en ergonomie, (Equipe C3U, Laboratoire Paragraphe, Université paris 8). Il est financé par l’Université Paris 8 dans le cadre du programme d’aide à la recherche innovante (PARI) « ergonomie pour l’enfant » et le projet PICRI « Projet OLPC : Usages et appropriation d’ordinateurs portables à l ‘école) financé par la région île de France.
Pour toute information complémentaire vous pouvez contacter Sandra Nogry : sandra.nogry@u-cergy.fr

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[Nosy Komba] Retour de Nosy Komba

Comme chaque été, plusieurs membres d’OLPC France se succèdent cette année à Nosy Komba pour poursuivre notre projet de déploiement. Voici le premier retour de Sandra sur ses actions et ses impressions pour son deuxième voyage sur place.

Dans le cadre de notre projet de recherche en cours sur l’usage et l’appropriation des XO par les enseignants et les enfants, et suite à l’étude conduite en 2013 (voir l’article Quels usages des XO à Nosy Komba 4 ans après), j’ai souhaité poursuivre le travail commencé en 2013. Je suis partie au mois de mai 2014 avec une commande d’OLPC France – former les nouveaux enseignants- et des objectifs de recherche multiples :

  • Etudier l’évolution des usages des XO en classe d’une année sur l’autre
  • Observer la façon dont les nouveaux enseignants s’approprient les XO et les intègrent à leur pratique
  • Documenter leurs usages par les enfants en dehors de l’école, la façon dont ils prennent place dans leur activité quotidienne

Je suis donc partie pour plusieurs semaines, chargée de caméra, appareil-photo, cahiers, tests à faire passer et autres supports susceptibles de favoriser la prise de parole des enfants.
A la sortie de l’avion, à mon arrivée à Hellville, j’ai plaisir à retrouver la chaleur et la douceur d’une soirée orageuse et le rythme détendu des habitants déambulant en ville.

Le lendemain, après une traversée sur la pirogue de Denis, à l’arrivée à Antitourne, je vois Diry grimper sur la pirogue… très surpris de me voir ici ! Première retrouvaille avec les enfants !

Arrivée en pirogue

Chez Stefano, je rencontre l’équipe suisso-franco-malgache en charge de la turbine hydro-électrique (associations CEAS et PATMAD), occupée à faire fonctionner une nouvelle turbine plus puissante pour alimenter le village.

Autour de la turbine

La nouvelle turbine

Pendant plusieurs jours à table, on parlera technique, énergie renouvelable et développement durable dans une ambiance très agréable. Je reprends progressivement contact avec les lieux et le village ; une première soirée « guitare avec les enseignants », jeux et baignade avec les enfants occupent ce premier week-end.

Semaine 1 : reprise de contact

Lundi matin, après la montée du drapeau, suit un temps avec les enseignants.
Levée de drapeau

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Beaucoup de changement cette année, au collège, deux enseignantes et un enseignant sont partis, remplacés par deux nouveaux enseignants, Patrick est devenu directeur, et à l’école primaire Edwige est devenue directrice et deux nouveaux enseignants sont venus renforcer l’équipe. Je me présente, décris mes objectifs, et fais connaissance avec les nouveaux venus. L’accueil est positif et chaleureux, ils posent des questions, manifestent une envie de collaborer.

Une première semaine est donc consacrée à la prise de contact avec les enseignants : je fais des observations informelles durant les cours « ordinaires » le matin, et observe les séances de XO l’après-midi. Pendant les pauses, nous discutons et plaisantons. Durant les séances les nouveaux enseignants me font part de ce qu’ils ont essayé, des problèmes techniques rencontrés, de leurs difficultés, demandes, etc. Suite à ces demandes j’organiserai plusieurs temps de travail pour préciser leurs besoins et faire de la formation.

Un enseignant qui doit s’absenter pour une réunion me confie également sa classe afin de mener une séance de XO. Je leur propose de réaliser une petite carte de présentation associant leur photo et du texte, de façon à travailler la façon de se présenter en français l’écriture, et la mise en forme dans un traitement de texte. L’écriture est plus ou moins aisée, mais tous s’impliquent dans la classe et produisent un petit document, puis on enchaine par quelques jeux, du dessin, et un peu de géographie avant que l’essence ne s’épuise.

Les  XO en classe

Durant cette première semaine, mes journées s’organisent progressivement : journée d’observation à l’école, fin d’après-midi sur la terrasse avec les enfants -au programme, photos, dessin, jeux de cartes, XO pour quelques-uns – durant les temps morts, observation des enfants (leurs jeux, de leurs activités quotidiennes),

Les enfants
Autour du XO

puis soirée italienne, avant un dernier temps de travail, de lecture face à la mer ou de déambulation sous les étoiles.

A l’école, premières utilisations des XOs observées

A l’école primaire, dès les premières séances, je constate que les enseignants proposent principalement d’utiliser Gcompris pour travailler des activités mathématiques et du vocabulaire en français et le traitement de texte pour recopier ou rédiger des textes courts. L’équipe Gducoeur 2013 leur avait laissé un beau manuel décrivant les activités de Gcompris, et ils s’en sont tous emparés pour sélectionner les activités adaptées au niveau de leurs élèves.

GCompris

Au collège, les séances proposées sont plus diversifiées. Le XO est utilisé pour travailler certains éléments du cours en mobilisant différentes applications. Par exemple durant la première semaine, j’assiste à une séance d’EPS durant laquelle les élèves utilisent les XO pour chronométrer la course des membres de leur équipe. Dans un 2eme temps, il leur ai demandé de calculer la vitesse moyenne de chacun puis le temps moyen obtenu par le groupe afin de déterminer quelle équipe est la plus rapide. Chaque groupe se répartit alors dans l’une des salles du collège et dans une joyeuse ambiance ils font des tableaux récapitulatifs, s’entre-aident pour déterminer comment calculer une moyenne, une vitesse et utilisent les XO pour réaliser les différents calculs demandés. J’assiste là à un véritable travail collaboratif et en autonomie.

Top chrono !Calcul des moyennesLes scores

Cette semaine-là ma présence incite les enseignants à improviser une seconde séance de XO, mais que faire ? Je propose une initiation à la photographie inspirée d’un projet photo déjà existant : les adolescents sont invités à échanger leur point de vue sur des photos célèbres (ce qu’ils aiment, ce qu’ils n’aiment pas, ce qu’ils ressentent), puis on analyse le cadrage et l’effet qu’il produit. A partir de ce premier travail chacun est invité à prendre ses propres photos dans le village avec le XO ; à l’issue de la séance, nous échangeons sur les photos présentées par chacun ; de ces 2 heures de travail il ressort des photos fortes, émouvantes, drôles !

Photo d'enfantPhoto d'enfant

Enfin une séance ouverte le samedi matin réunit 60 enfants hyper-motivés ! Durant cette séance, j’observe ce qu’ils font spontanément.

Séances de travail avec les enseignants

Dès mon arrivée plusieurs enseignants sont en demande d’une programmation sur l’année, décrivant ce qui doit être fait au cours de l’année pour chaque niveau. Je leur propose différentes réunions de travail.
Une première réunion a lieu le samedi matin avec les nouveaux enseignants de l’école primaire. Ce temps de travail porte surtout sur l’utilisation du XO lui-même et la découverte de différentes activités potentiellement intéressantes.
Une seconde réunion a lieu le lundi suivant, cette fois en présence de toute l’équipe enseignante de l’école primaire, ceci afin de faire le point sur le déroulement de l’année, les difficultés éventuelles, et leurs besoins. Différents besoins émergent :

  • du point de vue organisationnel, l’ouverture d’une nouvelle classe pose des difficultés de répartition des séances de XO (comment répartir 5 classes sur 4 après-midi ? (les enfants rentrent chez eux le vendredi après-midi) ;
  • sur le plan matériel, l’approvisionnement en essence est plus simple que l’année précédente, mais quelques problèmes d’approvisionnements sont encore signalés,
  • sur le plan pédagogique, tous les enseignants constatent le faible niveau des enfants en français, et signalent des besoins spécifiques à ce sujet.

Nous convenons d’une 3eme réunion un vendredi après-midi avant mon départ, cette fois avec les professeurs de langue du collège afin de réfléchir spécifiquement à cette question. Durant cette séance-là, chacun est invité à partager ses expériences, ce qu’il a essayé, ce qui a bien marché, puis je présente les livrets sur l’enseignement du français proposés par l’ifadem ainsi que différents usages possibles des XO pour l’apprentissage du français. S’en suit une réflexion sur ce que chacun pourrait essayer avant la fin de l’année. Les enseignants sont également en demande de formation à internet.

Scéance de travail avec les profs

Nous finissons cette après-midi studieuse autour d’un verre, l’ambiance est chaleureuse et détendue !

Activités de recherches sur les usages

Sur le plan de la recherche, après une première semaine d’observations informelles dans la plupart des classes, je passe à des observations plus systématiques les 2 semaines suivantes. Suivant les séances, mes observations portent plus systématiquement sur l’organisation des séances, les interactions entre enseignant et élèves ou sur l’activité de quelques élèves durant une séance. Certaines séances sont filmées. Des séances en classe ordinaire (sans XO) portant sur des objets d’apprentissage comparables sont également observées et filmées afin d’avoir des situations de référence permettant de contraster les observations faites dans les séances de XO.
Afin d’en savoir plus sur leurs usages en dehors de l’école, je mène des entretiens avec une vingtaine d’enfants (3 à 5 enfants par classe) et quelques mamans. J’avais prévu de compléter ces entretiens par des observations informelles dans le village après l’école ou durant le week-end,
Le XO en dehors des cours

mais il s’avère que la faible autonomie des batteries des XO 1.0 limite bien souvent l’utilisation du XO en dehors de l’école à la demi-heure qui suit la séance ; ces observations s’avèrent limitées.

En vue d’analyser les backup de l’année, il nous semble par ailleurs utile d’en savoir plus sur le niveau de maîtrise de la lecture (en particulier en français) et de la compréhension écrite des enfants des différentes classes. Dans cette perspective, observations et entretiens sont complétés par des tests individuels de lecture (Early Grade Reading Assessment) en français et en malgache.
Pour les entretiens comme pour les tests, la présence à mes côté de Fara, étudiante malgache assurant pour l’occasion le rôle d’interprète me facilite grandement la tâche !

Arrivée de l’équipe G du coeur : tonga sua !

Au début de ma quatrième semaine sur place, j’accueille à Nosy bé l’équipe des étudiants de Gducoeur, équipe très motivée et heureuse d’être là. Ce premier week-end ensemble est consacré à l’installation et à la découverte du village – les enfants prennent un grand plaisir à nous faire découvrir les chemins de traverse ! – avant un dimanche « farniente » à Ampangourine.

Le contact est tout de suite excellent avec les enfants ; Durant cette dernière semaine je leur laisse progressivement la place dans les séances de XO, pour mieux me consacrer aux entretiens et à la passation des entretiens et des tests.

Jessica de l'équipe G du coeur et les enfantsG du coeur en classe avec les enfants

Azalahy ééééé !

Après des semaines bien remplies, de belles rencontres, beaucoup de jeux avec les enfants et quelques belles excursions, déjà le jour du départ approche. Nous fêtons cela dignement avec les enseignants, les amis, et les enfants habitués de la terrasse. Les chansons des enseignants, les rythmes des djumbés, et quelques danses endiablées rythment la soirée.

Soirée de fête

Leurs chants résonnent encore parfois sur les trottoirs de Paris !

Sandra Nogry, (laboratoire Paragraphe, Université Cergy-Pontoise)
Recherche réalisée dans le cadre du projet PICRI « Projet OLPC : Usages et appropriation d’ordinateurs portables à l ‘école), mené en partenariat avec l’Université Paris 8 – Françoise Decortis, (équipe C3U, Laboratoire Paragraphe), projet financé par la région île de France

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Une armoire mobile pour charger les XO à Saint-Denis

Cette année encore et pour la troisième année consécutive, les enseignants et élèves de l’école Robespierre à Saint-Denis ont la possibilité de travailler avec l’ordinateur XO, dans le cadre d’une étude sur l’appropriation et les usages d’ordinateurs portables en classe par les enseignants et les enfants.

Cette année, un enseignant unique utilise les XO. Depuis début novembre 2013, cette classe de CM2 travaille avec le logiciel Tuxmath. Pour l’enseignant, ce logiciel qu’il maitrise maintenant très bien, lui permet de faire travailler le calcul mental de manière différenciée. Chaque enfant peut en effet évoluer à sa vitesse, et l’enseignant peut suivre les élèves individuellement, être attentif au niveau de chacun, et venir en aide aux enfants en difficulté.

Coaching sur Tuxmath

Tuxmath en classe

Problème majeur les deux dernières années : les enseignants rencontraient des contraintes matérielles et logistiques liées au déplacement, stockage et rechargement des XO. Ils étaient en effet plusieurs classes à partager les XO, et il fallait minimum 15 minutes pour mettre en place la séance. Il arrivait également que certains XO ne soient pas bien chargés. Ces contraintes freinaient ainsi leur utilisation. Grâce au soutien de la fondation Lyoness Child and Family, OLPC France a fait l’acquisition cette année d’une armoire mobile qui permet de ranger et recharger les XO tout en les laissant dans la classe. L’utilisation est ainsi grandement facilitée puisque les ordinateurs sont toujours prêts et disponibles à portée de la main. Ce sont aussi de petits problèmes logistiques qui limitent l’usage au quotidien, voilà qui est résolu à Saint-Denis. Un grand merci à la fondation Lyoness Child and Family qui a permis cela.

L'armoire en cours de chargement

Le projet Saint-Denis est porté par Sandra Nogry MCF en Pyschologie des apprentissages (laboratoire Paragraphe, Université Cergy-Pontoise) et Françoise Decortis, Professeure en ergonomie, (Equipe C3U, Laboratoire Paragraphe, Université paris 8). Il est financé par l’Université Paris 8 dans le cadre du programme d’aide à la recherche innovante (PARI) « ergonomie pour l’enfant » et soutenu par l’association OLPC-France avec le soutien de la fondation Lyoness Child and Family.
Pour toute information complémentaire vous pouvez contacter Sandra Nogry : sandra.nogry AT u-cergy.fr

12 et 13 avril : deux jours pour l’éducation et l’informatique à la Cité des Sciences

Ardoise, tablette ou ordinateur portable ? Tableau noir ou numérique ? Pour choisir, l’association One Laptop Per Child (OLPC)- France organisera une rencontre sur le thème de l’éducation numérique, ou comment utiliser l’informatique à des fins pédagogiques. L’événement, baptisé Sugarcamp, se déroulera les 12 et 13 avril prochains à la Cité des Sciences de Paris, France.

Chacun est invité à participer aux ateliers de programmation et de découverte des activités pédagogiques, des plus jeunes aux adultes. L’association Vikidia animera notamment un atelier autour de son encyclopédie pour enfants. Des chercheurs viendront présenter leurs travaux au grand public. Ils échangeront avec parents, enseignants et développeurs de France et d’ailleurs, lors d’un débat sur l’enseignement de l’informatique.

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Deux écoliers, en classe avec leur ordinateur portable XO (Madagascar, 2012) -photo Laura de Reynal -

La rencontre Sugarcamp tire son nom de la plateforme pédagogique Sugar, destinée à l’apprentissage des 6-12 ans. Elle a pour origine le projet d’éducation pour tous grâce à l’informatique de la fondation internationale OLPC. Cette dernière a créé l’ordinateur portable XO, aujourd’hui utilisé par près d’un million d’enfants de par le monde. Ces deux projets très liés insistent sur l’utilisation de logiciels libres, donnant à tous la possibilité de les adapter et de les améliorer.

OLPC France regroupe des bénévoles intéressés à la fois par les questions de pédagogie numérique et de développement. Elle mène depuis cinq ans un déploiement dans une école de 200 enfants à Madagascar. En France, un projet de recherche dans une école de St Denis étudie l’apport de l’ordinateur dans les apprentissages. Pendant le Sugarcamp, chacun pourra découvrir les activités de l’association. Deux journées pour apprendre à apprendre avec un clavier, une souris… et le sourire ! :)

Pour en savoir plus et s’inscrire: http://olpc-france.org/sugarcamp/index.html

Des nouveaux ebooks sur le XO grâce à Square Igloo

Proposer des contenus Francophones adaptés aux enfants a toujours été un des objectifs d’OLPC France.

C’est donc avec beaucoup de bonheur que nous vous annonçons aujourd’hui la collaboration avec la société Square Igloo.

SquareIgloo

Square Igloo conçoit et réalise des applications interactives et des ebooks pour enfants sur iPad, iPhone et tablettes Android. Au travers d’histoires originales, superbement illustrées dans des styles graphiques très variés, Square Igloo fait évoluer des personnages drôles et poétiques dans des décors de toutes les époques.

Déjà présents sur la XO Tablet, Square Igloo a eu la gentillesse de mettre à notre disposition une partie de son catalogue d’ebooks et de les adapter à l’ordinateur XO.

Qu'est ce qui est jaune ?

Dans quelques semaines, les enfants de nos déploiements de Saint-Denis, de Nosy Komba et du déploiement à venir que nous soutenons au Togo, pourront ainsi découvrir ces jolis ebooks qui parlent de la couleur jaune, de steak haché et des poneys de Tania.

Nous vous raconterons leurs réactions mais nous disons déjà un grand merci à la société Square Igloo de cette proposition généreuse.

Tania et ses trois poneys