L’étoffe des bricolos

8 octobre 2009

Le génie est-il soluble dans le confort ? C’est ce que pourraient donner à penser les nombreux exemples d’inventivité qui ont été signalés en marge du projet OLPC. Ainsi, nous apprenons que les membres du programme OLPC Afghanistan ont imaginé et réalisé un prototype de « pédalo pour XO»  chargé de produire l’énergie nécessaire au fonctionnement de l’ordinateur XO.

Pédalo pour XO - OLPC Afghanistan

Pédalo pour XO - OLPC Afghanistan

Cette réalisation, ou encore le dispositif bicyclette-alternateur-batterie alimentant un XO, dans une école en Uruguay (» Transformando la energía mecánica en eléctrica« ), évoque inévitablement la mythique manivelle, encore aujourd’hui associée aux premiers prototypes du XO. Cet accessoire a finalement été abandonné, en raison de son inadéquation. Un pédalo en Afghanistan, une manivelle dans les laboratoires du MIT, une micro-turbine dans le village malgache de Antitorona, sur l’île de Nosy Komba, ou encore des panneaux solaires, comme à San Mahen, au Sierra Leone : ce sont quelques-unes des idées plus ou moins abouties, que l’on doit au projet OLPC ou qui lui sont associées.

Panneaux solaires et XO à San Mahen (Sierra Leone)

Panneaux solaires et XO à San Mahen (Sierra Leone)

Manifestement, il y a de l’ingéniosité dans ces créations. Mais combien d’autres génies anonymes et méconnus les pays « en développement»  recèlent-ils ? Car il est bien entendu que l’inventivité n’est pas l’apanage de l’ordinateur XO, comme l’illustre brillamment le jeune William Kamkwamba au Malawi, qui a conçu et construit des éoliennes dans un contexte de dénuement extrême, et dont le parcours « typique-atypique»  a donné lieu au récit « The Boy Who Harnessed the Wind« .

Or, même s’il n’y a pas de déterminisme strict entre la possession ou l’utilisation d’une technologie telle que le XO et le bénéfice éducatif que l’on peut en tirer, il apparaît que cette plateforme d’apprentissage a été conçue pour favoriser une attitude créatrice et critique chez ses jeunes utilisateurs.

Une plateforme éducative hackable

Le projet OLPC a en effet inscrit l’ingéniosité au nombre de ses principes. L’ingéniosité, c’est celle des utilisateurs de cette plateforme éducative conçue pour être robuste, « verte»  et ouverte. Les utilisateurs sont ainsi encouragés à rivaliser d’audace intellectuelle pour tirer le meilleur parti de leur XO et pour l’utiliser au mieux des contraintes qu’imposent l’absence d’infrastructures adéquates et, trop souvent, le dénuement le plus criant.

C’est ainsi que différents périphériques et équipements ont été imaginés pour accompagner l’ordinateur XO. On en trouve une énumération sur la page du wiki OLPC consacrée aux périphériques , qu’ils soient destinés à alimenter le XO en électricité ou à assurer sa connectivité avec le reste du monde. D’autres projets ont entrepris de répondre à ces besoins par une solution « tout en un» , comme celle réalisée par le projet Labomobile et Green-wifi au Sénégal.

D’autres créations, tout aussi originales, continuent à émerger des cerveaux inventifs de leurs concepteurs, comme cette imprimante 3D robotisée RepRap. Celle-ci peut être enrôlée pour la fabrication en série d’un autre accessoire, le viseur de la caméra du XO.

Viseur XO / RepRap

Viseur XO / RepRap

Rien de futile non plus, dans ce projet de conception d’un électro-cardiogramme (projet OLPC Golden State).

Enfin, le jour où votre XO devra passer sur le « billard»  après une panne quelconque, réparez-le vous-même ou faites-le réparer dans un centre de réparation local. Rejoignez-nous pour cela, près de Paris, au /tmp/lab.

Atelier de réparation au /tmp/lab (Paris)

Atelier de réparation au /tmp/lab (Paris)

Trop loin de chez vous ? Qu’à cela ne tienne, rapprochez-vous des autres Repair Centers, ou créez-en un vous-même (How to start a repair center) !

Conclusion

L’avenir vous appartient, il suffit de l’inventer : Happy Hacking !

William Kamkwamba

Un ordinateur par enfant : combien ça coûte ?

30 septembre 2009

Voici les chiffres bruts du Plan Ceibal (Uruguay), communiqués par Miguel Brechner, lors de la conférence « Reinventing the Classroom – Reinventar el Aula – Impacto Social y Educativo de la Incorporación de TIC en la Educación« , organisée le 15 septembre 2009, par la Banque Interaméricaine de Développement (IADB), à Washington, DC.

Source :  One Laptop Per Child and Per Teacher

Données du déploiement en Uruguay

* 380 000 ordinateurs
* 2068 écoles avec Internet
* 1670 serveurs d’école
* 3000 points d’accès internes, 800 externes
* 140 000 enfants à moins de 300 m pour avoir Internet
* 18 000 enseignants formés
* 500 enseignants/formateurs pour l’assistance des enseignants, 1500 volontaires
* 250 places publiques avec Internet
* Portail éducatif, www.ceibal.edu.uy
* Chaîne TV Ceibal

Coûts du déploiement et d’exploitation (2008-2009)

(en USD)

ordinateurs portables 188,83
connectivité 31,41
serveurs 4,5
pièces de rechange 4,95
logistique 1,98
fournitures 2,66
coûts d’exploitation 6,98
diffusion et impact 2,38
TOTAL 248,08

Coûts d’exploitation (2010)

connectivité 4,61
pièces de rechange 4,95
fournitures 0,97
coûts d’exploitation 9,49
diffusion et impact 1,74
TOTAL 21,76

Coût sur 4 ans : 188 + 88 = 276

Implémentation : < 0,2% PIB, soit <5% du budget de l’éducation

Exploitation : <0,1% PIB

La « Ceibalita»  pour tous

19 septembre 2009

Le projet « Un Ordinateur par enfant» , c’est désormais une réalité vécue par près d’un million d’enfants dans le monde. En Uruguay, dans le cadre du projet CEIBAL d’inclusion numérique, toutes les 2360 écoles primaires publiques du pays sont équipées, soit 390 000 enfants, qui  possèdent leur propre ordinateur XO et l’utilisent au quotidien : en classe, dans les cours de récréation, sur les places publiques, à la maison. 15 000 de leurs enseignants ont déjà bénéficié d’un programme d’acquisition d’ordinateurs portables, dans le cadre du projet Ceibal.

Ceibal Melo Escuela 46 11

Ceibal Melo Escuela 46 11

Qu’en pensent les enfants, les premiers concernés ? Quelle analyse les promoteurs de ce projet ambitieux en font-ils ? Sur quoi repose le caractère « révolutionnaire»  de ce projet éducatif ?

Qu’en pensent les enfants ?

Pour répondre à cette question, lisons l’article La Ceibalita para todos, parue sur un blog uruguayen (17/09/2009).

« Un ordinateur par enfant et par maître, avec une connexion à Internet, c’est très utile, tu le savais. Alors, je t’invite à lire cet entretien que nous avons eu avec un enfant que nous avons rencontré sur une place, à partir de laquelle il se connectait à Internet. Il s’appelle Rodrigo Fuentes et il a 9 ans. Nous lui avons posé différentes questions, auxquelles il a répondu.

Nos questions étaient les suivantes :

1- Tu utilises la XO pour quoi faire ?

2- Vous l’utilisez souvent à l’école ?

3- Personnellement, est-ce que tu penses que la XO ne sert à rien ?

4- Tu apprends quelque chose à tes camarades et à ta maîtresse ? Ta maîtresse et tes camarades  t’apprennent-ils quelque chose ?

Voici ce qu’il nous a répondu :

1- J’utilise la XO pour faire mes devoirs et pour travailler, et aussi pour jouer.

2- Oui, les maîtres. les stagiaires et tous les enfants.

3- Oui, la XO est utile. Par exemple, j’ai un camarade dont les parents ne peuvent pas lui acheter de livres. Alors, maintenant, avec la XO, il a une ressource pour apprendre et étudier virtuellement.

4- Oui, toujours. Si j’apprends quelque chose, je le transmets à mes camarades et à ma maîtresse et s’ils apprennent quelque chose, ils me transmettent cette connaissance.» 

Ceibal

Ceibal

Rodrigo utilise au quotidien la plateforme d’apprentissage Sugar sur son XO. Pardon, je devrais dire sur « sa»  XO, pour reprendre l’usage des enfants uruguayens, à propos de leur « Ceibalita» . « Sugar encourage chaque enfant à être une force créatrice au sein de sa communité et sa culture» , précise Walter Bender (source : The Role of Free Software in Education, 18/09/2009). Vaste projet, dans la lignée de Maria Montessori, Jean Piaget, Alan Kay.

Un projet éducatif aussi ambitieux dans ses objectifs et d’une telle ampleur dans sa réalisation implique une refonte importante du système éducatif. Ce travail ne fait que commencer, on s’en doute. Il suscite des réflexions sur les pratiques pédagogiques et inspire des études d’impact auxquelles participent les différents acteurs du secteur de l’éducation. C’est, à court et à moyen terme, une profonde mutation, qui se dessine, pour ne pas dire plus.

Une révolution en marche

Une révolution, réellement ? Voilà un bien grand mot ! C’est pourtant le terme, soigneusement choisi, qu’a avancé le promoteur du projet Ceibal en Uruguay, le Président Tabaré Vázquez (Espectador.com, 15/09/2009) :

« C’est une révolution en termes d’égalité des chances d’accès aux technologies de l’information et de la communication. L’ordinateur et l’accès à Internet qui était, il y a à peine trois ans, le privilège d’une minorité d’élèves uruguayens dans les secteurs socio-économiques moyens et supérieurs, dans un pays où, malgré un ralentissement enregistré au cours des dernières années, 20% de la population est victime de la pauvreté ; c’est aujourd’hui un droit pour tous les élèves du pays. Y compris pour ceux qui font partie de ces 20% de population paupérisée.» 

C’est donc bien un programme d’inclusion numérique, et au-delà, d’inclusion sociale, qui est en marche, et qui a pris le parti d’améliorer les conditions d’éducation pour toute une classe d’âge, tant dans les zones rurales enclavées que dans les villes.

Une dynamique de partage globale

Il a été beaucoup question de l’ordinateur XO lui-même, dont l’aspect original et les technologies novatrices ne cessent de susciter des réactions, rarement indifférentes.

La plateforme d’apprentissage Sugar n’est pas en reste et mérite elle aussi un coup de projecteur.

Le Journal de Sugar

« Sugar est un projet global Traduit dans 25 langues, il est utilisé dans les salles de classes de 40 pays par plus d’un million d’enfants dans le cadre du programme à vocation non lucrative One Laptop per Child (OLPC). L’interface simple de Sugar, ses fonctions de collaboration intégrée et de sauvegarde automatique à l’aide du Journal propre à chaque élève, ont été conçues afin d’intéresser les jeunes en situation d’apprentissage.»  (source : Sugar Labs and FSF announce joint efforts to promote learning platform for children, 18/09/2008).

Et les autres enfants ?

Une question qui a taraudé les enseignants, parents, établissements d’enseignement – intéressés par les perspectives offertes par un tel outil d’apprentissage était de savoir si le programme OLPC pouvait bénéficier également aux enfants des pays développés. La fin de l’histoire des nouvelles technologies éducatives et de leur implantation dans l’enseignement est loin d’être écrite. De ce fait, il n’est pas possible, à l’heure actuelle de savoir si l’exclusion qui n’épargne pas les enfants du Nord, tout particulièrement dans un contexte de déficit budgétaire global, dont les répercussions sont encore plus critiques au Sud, trouvera une solution à travers des programmes d’équipement informatique « 1 à 1″.

Que gagne-t-on ?

En effet, pourquoi priver les uns comme les autres – au Nord comme au Sud – des bénéfices de cet investisssement sur l’avenir ? Ceux-ci ont été synthétisés par Miguel Brechner, l’un des principaux architectes, en Uruguay, du projet Ceibal, à l’occasion du séminaire « Reinventing the Classroom: Social and Educational Impact of Information and Communications Technologies in Education« , organisé par la BID (Banque Interaméricaine de Développement), le 15/09/2009. Ces observations ont été notées par Walter Bender, le responsable du Sugar Labs.

  • Les enseignants sont à l’initiative du changement ;
  • Il y a moins d’absentéisme ;
  • La motivation s’est améliorée dans l’ensemble ;
  • Les élèves sont plus motivés pour faire leurs devoirs ;
  • Ils passent moins de temps devant la télévision ;
  • Les parents s’impliquent plus fortement ;
  • Les enfants sont plus motivés pour aller à l’école ;
  • Ils ont une meilleure estime d’eux-même ;
  • Ils sont plus intéressés à apprendre ;
  • Il y a beaucoup moins de redoublements ;
  • Les compétences de base en informatique sont améliorées ;
  • Les enfants sont plus enclins à collaborer et à partager.

L’alternative qui a été imaginée consiste à « porter»  la plateforme d’apprentissage sur une clé USB.

« Le projet Sugar on a Stick (SoaS), qui a vu le jour récemment, donne accès à  Sugar à un nombre d’enfants encore plus élevé. Il permet aux jeunes apprenants de conserver une copie fonctionnelle de Sugar sur une simple clé USB, utilisable sur tout PC ou netbook, avec l’environnement et les données de l’enfant. Des projets pilotes menés dans des écoles avec Sugar on a Stick sont en cours à Boston, Berlin et ailleurs. SoaS est un logiciel libre disponible sous la licence GPL (General Public License) et peut être téléchargé gratuitement sur sugarlabs.org.»  (source : Sugar Labs and FSF announce joint efforts to promote learning platform for children, 18/09/2008).

Combien ça coûte, un ordinateur par enfant ?

La question du coût de l’ordinateur « à 100 $»  refait surface régulièrement. Le coût du programme uruguayen, lancé en 2006, est évalué à 82 millions d’Euros (Zeit Online, 14/09/2009 ).

Dans tous les cas, le coût d’un tel programme est sans commune mesure avec celui d’une campagne militaire, comme le souligne Nicolas Negroponte, l’initiateur du projet OLPC, à l’occasion d’une discussion dans les locaux du Sénat américain (Fighting Insurgencies with Laptops) : 2 milliards de dollars/semaine de guerre en Irak et en Afghanistan, contre 1 milliard de dollars/an pour « saturer»  l’Afghanistan dans le cadre d’un projet OLPC.

Pour conclure, j’aimerais citer les mots du Président du Rwanda, Paul Kagamé,dont le pays s’est engagé avec résolution, dans un véritable bond en avant dans le domaine des technologies de l’information et de la communication, notamment avec sa participation au programme OLPC à l’échelle du pays.

« Tous les Rwandais s’accordent sur le fait que le seul investissement assurant la possibilité de retours infinis est notre investissement sur les enfants.»  (source : World Technology Summit, 16/07/2009).

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