OLPC France et la fondation OLPC

26 octobre 2010

Une question que l’on nous pose souvent est de savoir ce qu’est OLPC France et quels sont ses rapports avec la fondation OLPC. Réponses dans ce billet.

La fondation OLPC

La fondation OLPC est une fondation à but non lucratif domiciliée dans le Delaware aux Etats-unis. C’est la fondation qui est à l’origine du projet. Elle est située dans les locaux du Massachussets Institute of Technology (M.I.T.) à Boston.
La fondation assure la promotion globale du projet, la recherche et développement sur le matériel et elle donne les orientations stratégiques.
La fondation ne gère pas directement les déploiements sur le terrain à l’exception des projets « sensibles » comme en Irak ou dans les territoires Palestiniens.
La fondation OLPC est dirigée par Nicholas Negroponte.

L’association OLPC

L’association OLPC est basée à Miami. C’est l’association OLPC qui gère les relations avec les gouvernements et l’accompagnement des déploiements dans les pays cibles du projet. C’est également l’association OLPC qui assure la logistique, notamment les relations avec Quanta Computer qui construit les ordinateurs.
L’association OLPC est dirigée par Rodrigo Arboleda Halaby.

La fondation OLPC Europe

OLPC Europe est la représentation en Europe de la fondation OLPC. C’est une fondation d’utilité publique Européenne, partenaire en France de la Fondation de France. OLPC Europe assure la promotion du projet auprès des gouvernements et des institutions Européennes. Elle assure également la levée de fonds auprès de partenaires institutionnels ou privés.
La fondation OLPC Europe est dirigée par Walter De Brouwer.

Les « grassroots » OLPC

Les « grassroots » sont des associations locales qui regroupent les volontaires qui souhaitent s’investir sur le projet OLPC. Elles assurent la promotion du projet localement, animent les communautés et développent des contenus localisées. De nombreuses grassroots se sont créées spontanément suite au premier programme « Give One Get One » de 2007 qui permettaient à des particuliers d’acheter une machine du projet OLPC. Des grassroots se créent aussi dans les pays cibles pour soutenir les déploiements.

OLPC France

OLPC France est une association loi 1901 créée en 2008 par une dizaine de volontaires qui soutenaient le projet OLPC et se sont regroupés pour fédérer les initiatives sur le projet OLPC en France.
Les actions de l’association OLPC France sont de faire connaître le projet, d’animer la communauté, de contribuer au projet avec des contenus Francophones et de supporter les déploiements ou les initiatives francophones.
OLPC France est partenaire avec OLPC Europe et la fondation OLPC US. OLPC France travaille également en concertation avec les autres grassroots en Europe, notamment en Autriche, Angleterre, Allemagne ou Suisse.

Entretien avec Nicolas Negroponte : OLPC et ses volontaires

11 janvier 2010

Nicholas Negroponte à la conférence TEDx Brussel

Nicholas Negroponte à la conférence TEDx Brussel

En novembre 2009, OLPC Europe a invité OLPC France à la conférence TEDx Brussel où Nicholas Negroponte était venu parler d’OLPC (voir la vidéo). En plus de cette journée magnifique, nous avons eu la chance de rencontrer Nicholas Negroponte qui nous a accordé cet entretien.  OLPC France est composée de volontaires : c’est donc à ce sujet que nous l’avons interrogé – j’espère que tous les volontaires du monde apprécieront cet échange !

Bastien Guerry: Le premier G1G1 a été déterminant dans la constitution d’une large communauté de volontaires pour le projet OLPC aux Etats-Unis. Depuis, cette communauté n’a cessé de grandir et de nombreuses communautés locales (ou « grassroots ») ont vu le jour partout dans le monde. Comment OLPC travaille avec ces volontaires ?

Nicholas Negroponte: Les volontaires se répartissent en trois catégories : les développeurs, ceux qui participent aux déploiements, et ceux qui aident à titre professionnel.

L’open source est un élément clé du projet OLPC.  Même si le XO permet le double boot Windows et Linux, seuls quelques milliers (et encore) des 1,3 million de XO déployés utilisent Windows.  Les autres bénéficient du support d’un nombre de volontaires qui a parfois dépassé les 3000. Les endroits éloignés comme l’Afghanistan ont un contingent très robuste de volontaires.

Les déploiements de l’été 2009 ont impliqué environ 100 volontaires qui ont distribué des XOs dans 19 pays d’Afrique et deux pays d’Amérique du Sud.  Ils sont resté en moyenne 10 semaines dont une semaine de formation avec le groupe africain à Kigali, au Rwanda. L’idée pour l’association olpc (en minuscule) était de répandre l’idée d’une approche plus grassroot que les méthodes « top-down » utilisées exclusivement jusque-là.

Des professionnels – principalement des juristes, des communicants ou des publicitaires créatifs – contribuent pro bono à OLPC depuis sa création. Ce que ces professionnels ont en commun ce n’est pas de nous épargner des coûts gratuitement, mais d’être dans chaque cas les meilleurs de leur catégorie, bien meilleurs que ceux que l’on pourrait d’ordinaire se payer.  Cherchez « Larry Weber » sur Google et vous verrez pourquoi OLPC a été sur « 60 minutes ». [NDLR: voir la vidéo sur cbsnews.com]

BG: Selon mon expérience, les fans du projet OLPC sont d’abord attiré par le XO et les aspects technologiques du projet. Ils veulent jouer avec le matériel et développer des logiciels. Mais le projet OLPC est un projet éducatif. Que pouvons nous faire pour aider les communautés à atteindre plus d’enseignants et à travailler avec eux pour faire du XO le meilleur outil pour de nouvelles opportunités éducatives ?

NN: Il y a deux méthodes :

La première survient spontanément avec les jeunes enseignants quand ils trouvent la technologie attirante et qu’ils apprécient cette connectivité qu’ils n’auraient pas autrement. C’est particulièrement vrai dans les endroits éloignés et ruraux où les jeunes enseignants ne souhaiteraient pas être sinon.

Il y a aussi l’approche « Cheval de Troie » où le XO est simplement offert comme liseuse. Les enseignants n’ont alors pas besoin d’adopter des moyens numériques avancés ou de devenir des experts en multimédia. Les programmes scolaires n’ont pas besoin de changer (dans l’immédiat). Mais à la place de cela, les enfants « sortent la nuit », pour ainsi dire, et utilisent entre eux le XO comme un ordinateur.

BG: Avoir la capacité de disposer de petites quantités de XO via le Contributor Program est très important pour propager le XO et son modèle éducatif partout dans le monde. Est-ce que vous prévoyez d’étendre ce programme et de distribuer plus de « petites quantités » de XO ?

Les petites quantités sont difficiles à gérer pour la logistique, la support et pour démontrer le bien-fondé du projet, ce qui est le plus important. Donner des machines aux développeurs c’est autre chose et cela bien sûr doit être augmenté.

Répondre simplement à la demande, livrer des petits lots et gérer le support de plusieurs petits déploiements est typiquement le travail des forces de ventes d’une entreprise et c’est la manière de faire grossir une petite entreprise. Mais le plus grand enjeu est de démontrer le bien-fondé du projet. OLPC est son nom – One Laptop Per Child – et ce projet intègre un principe fondamental : la saturation. Comme pour un programme de vaccination, vous ne pouvez pas simplement inoculer le vaccin à quelques enfants. Vous devez vacciner tout le monde. Pour cette raison, cela n’a vraiment pas de sens de déployer 30 ou même 100 ordinateurs. Pire, quand il y en a si peu, les gens ont tendance à ne pas laisser les enfants emporter les ordinateurs chez eux.  Plus grave encore, les gens l’utilisent en « laboratoires » de 5 à 15 enfants ne partageant qu’un seul ordinateur.

Dans quelques uns de ces cas, les gens évaluent le programme OLPC et disent qu’il ne marche pas. Bien sûr, les « laboratoires » d’informatique ne fonctionnent pas, à part pour apprendre l’informatique. Nous le savons.  C’est comme de vacciner dix enfants pour voir si la vaccination fonctionne. Pensez au projet OLPC comme un vaccin contre l’absence d’éducation.

BG: Vous avez annoncé récemment que le projet OLPC serait dédoublé : la Fondation OLPC (qui s’occupera développement de nouveaux concepts pour le XO) et l’association olpc (qui va gérer la production et les déploiements). Cela aura t-il un impact sur le travail des volontaires ?

NN: Les deux entités auront des volontaires. Ceux intéressés par les déploiements et l’apprentissage travailleront avec l’association. Ceux intéressés par la communication, l’ingénierie et la gestion de l’humanitaire travailleront avec la Fondation. Le nombre de volontaires total de ces deux entités devrait augmenter considérablement.

BG: Un nouveau G1G1 à l’horizon ?

NN: Pas de manière centralisée, peut-être qu’un pays ou deux le feront. Cela avait un sens il y a deux ans quand les netbooks n’existaient pas, quand la curiosité était là et que l’idée était nouvelle. L’année dernière cela n’a pas réussi en partie à cause de la situation économique et en partie à cause de ces autres raisons.

La génération 3.0 du XO sera suffisamment disruptive et  et innovante pour revisiter cette idée en 2012.

Traduction: Lionel Laské – lire l’interview originale en anglais.

Interview with Nicholas Negroponte: OLPC and volunteers

10 janvier 2010

Nicholas Negroponte at the TEDx Brussel conference

Nicholas Negroponte at the TEDx Brussel conference

Back in november 2009, OLPC Europe invited OLPC France to attend to the TEDx Brussel event, where Nicholas Negroponte talked about OLPC (see the video). Not only this event was great, but we also had the opportunity to meet Nicholas Negroponte and interview him.  As we are volunteers, we specifically focused on grassroots and their future, and we hope all OLPC volunteers around the world will enjoy these answers.

Bastien Guerry: The first G1G1 in 2007 was key in building a large community of OLPC volunteers in the US.  Since that time, this community has grown bigger and bigger, with many grassroots communities around the world.   How is OLPC working with its volunteers?

Nicholas Negroponte: Volunteers fall into three categories: software development, deployment corps and pro bono professional assistance.

Open source is key to OLPC. While the XO laptop dual boots Windows and Linux, only a few hundred (if that) out of 1.3 million in the field use Windows. The rest enjoy the support of volunteers, at its peak in excess of 3000 them.  Remote places like Afghanistan have very robust corps of volunteers.

Deployment during the summer of 2009 included about 100 volunteers who distributed XO’s in 19 countries in Africa and two in South America. They averaged 10 weeks, with the African corps meeting for a week of training, as a group, in Kigali, Rwanda. The idea was to spirit a more grassroots approach to olpc (lowercase) than the distinctly and uniquely top down methods previously used.

Pro bono professionals — notably: legal, communications and advertising creative — have provided services to OLPC since inception. What is common among them is not the free, cost saving nature, but the fact that in each case the group is best in class, far better than you can normally buy with money. Check out Larry Weber on Google and you will see why OLPC was on « 60 Minutes. »

BG: From my experience, OLPC fans are first attracted by the XO and technological aspects of the project.  They want to play with the hardware and develop software.  But OLPC is an education project.  What can we do to encourage grassroots communities to reach more teachers and to work with them on making the XO the best device for new learning opportunities?

NN: Two methods:

One happens naturally with young teachers who find the technology captivating and enjoy the connectivity they would not have otherwise. This is particularly true in remote and rural places, where young teachers might not otherwise want to be.

The other is a Trojan Horse approach, where the XO is simply offered as an eBook. The teachers need not adopt advanced digital means or become multimedia experts. The curriculum need not change (immediately). Instead, the kids come out at night, so to speak, and use the laptop as a laptop.

BG: Being able to get small quantities of XO through the Contributor Program is key in spreading the word about OLPC and its educational model.  Do you plan to extend such a program and to make more « small quantities » of XO available?

Small quantities are hard, for logistics, support and proof of principles, the latter being the most important. Getting machines to developers is another matter. That should and will be increased.

Simply handling the demand, shipping small lots and dealing with the support of many small rollouts is more typical of normal market forces and how a small enterprise might grow.  But the big issue is proof of principles. OLPC is its name — one laptop per child — and includes as a fundamental principle: saturation. Like an immunization program, you cannot just inoculate a few kids. You have to give the vaccination to everybody. For this reason, it really makes no sense to do 30 or even 100 laptops. Worse, when you have so few, people tend not to let the children take them home and, even worse, they get used in a lab, 5-15 children sharing one laptop.

In some of those cases, people thereafter evaluate the program and say it does not work. Of-course computer labs do not work, other than teaching IT. We know that.  It is like vaccinating ten kids to see if vaccinations work. Think of OLPC as inoculating again ignorance.

BG: You recently announced that OLPC will be split into the OLPC Foundation (dealing with new concepts for the XO) and the olpc association (handling production and deployments).  Any impact on the work of the volunteers?

NN: Both will have volunteers. Those interested in rollout and learning will work with the Association. Those interested in advocacy, engineering and the handful of humanitarian sites will work with the Foundation. The number of volunteers, combined, should rise dramatically.

BG: Any chance for a new G1G1?

NN: Not centrally, maybe a nation or two will do it. If made sense two years ago when there were no Netbooks, there was a backlog of curiosity, and the idea was brand new. Last year it failed to produce laptops, in part due to the economy, but for those other reasons as well.

Gen 3.0 may be disruptive and different enough to revisit the idea in 2012.

Lire la traduction française de cet article.